2021/12 - La peinture haitienne

                                                                   LA PEINTURE HAITIENNE

 

                                                                                                                               Haïti est rêve, possession, création et folie

                                                                                                                                                                                     Tiga

 

Si un jour le peuple haïtien devait se présenter devant le tribunal de l’histoire, il n’aurait que sa culture et son art pour se défendre.

Depuis la fondation de la République d’Haïti, l’art a toujours su assumer un rôle primordial dans la vie et dans la lutte du peuple Haïtien. L’art doit non seulement participer à faire connaître positivement le pays, mais encore à unir les Haïtiens entre eux. L’art haïtien, quelle que soit sa forme d’expression, se fait plutôt récit, voire anecdote. Il n’a jamais voulu être autre chose qu’un dialogue, une communication où l’artiste cherche constamment à être un écho de sa communauté

Le peuple haitien né dans la douleur et nourri de cinq siècles d'histoire, ne laissera jamais mourir son rêve de liberté, de démocratie et de progrès. Il continuera le combat jusqu'à la victoire finale.

 

Origines de la peinture haïtienne

La peinture haïtienne trouve ses différences dans la diversité des peuples qui ont fait son histoire. Les haïtiens n’ont pas été les premiers peintres de l’île. Les indiens arawak ont utilisé le dessin comme technique d’expression, les roches à base de poudre, de riz, la farine ou encore le marc de café leur servaient d’outils pour leur fresque. D’où la découverte de ces fameux "Vévés" mis à jour par la fouille de certaines grottes, ces "Vévés" que l’on retrouve également dans de nombreuses œuvres consacrées au vodou.

Le véver serait donc à l’origine de la peinture haïtienne. Les hougans, avec une habileté d’artiste, brossaient de véritables tableaux aux lignes géométriques. A partir du vodou et d’une figuration naïve des thèmes populaires, la peinture a évolué sous l’influence d’écoles et d’ateliers pour atteindre à une qualité dans l’inspiration et l’exécution qui ont fait connaître au monde entier les peintres haïtiens.

La peinture haitienne se caractérise à la fois par ses sources d'inspiration, populaires et spirituelles, et par un style original incarné par les artistes naïfs.

Le peuple haïtien est par essence un peuple d’artistes. Ils font voir avec insolence l’Afrique, la traite, la libération, les dieux et produisent dans un grand foisonnement. La peinture peut être souvenir (débarquement de Christophe Colomb, la traite, les temps forts de la révolution de 1791, la cérémonie du Bois-Caiman …)

L’essor du vodou après 1804 n’empêche pas, cependant l’existence du fait catholique à Haïti. La plupart des chefs historiques de la Révolution accordent au christianisme une place particulière dans le nouvel État : la Constitution de 1801 de Toussaint Louverture proclame que « la religion catholique, apostolique et romaine est la seule publiquement professée dans la colonie ».

 

Les grandes périodes de l’art haïtien

Aux XVIIIe et XIXe siècles, l’art est strictement une activité de peintres occidentaux, sollicités par la bourgeoisie blanche des colonies pour réaliser leurs portraits et promouvoir leurs habitations sous couvert de peinture de paysage.

 

La période de 1804 à 1940

L'histoire de la peinture haïtienne semble remonter aux origines mêmes de la nation haïtienne bien qu'il soit actuellement difficile d'en administrer la preuve, de montrer un tableau daté du début du XIXème siècle. Les catastrophes naturelles qui se sont abattues sur le pays (cyclones, tremblements de terre), guerres civiles génératrices d'incendies, de pillages, de destructions de toutes sortes, n'ont pas permis à l'histoire de conserver des témoignages indiscutables du talent naturel des Haïtiens.

La peinture haïtienne, constitue d’emblée un espace de contestation. Dès l’indépendance d’Haïti, la peinture, bien qu’expression de la rébellion et de l’émancipation du peuple haïtien, est avant tout un art pictural avec ses propres codes.

Au début du XIXe siècle, des académies de peinture sont créées dans cette première République noire du monde, dont celle par le Roi Christophe en 1804, puis Pétion en ouvre une autre à Port-au-Prince en 1816, animées pour la plupart par des peintres européens. Elles donnent naissance à l’art du portrait (Colbert Lochard, Séjour Legros, Edouard Goldman), consacré essentiellement aux hommes et femmes de pouvoir confrontés à la nécessité de se construire une identité historique.

Avec le général Christophe, Pétion proclame la République. La rivalité entre les deux hommes entraîne très vite une division du pays, entre le Nord, dirigé par Christophe, et le Sud, dirigé par Pétion qui devient président de la République en 1807.

La culture populaire s’impose aux minorités bourgeoises locales et aux autres relais de l’occupant européen dans l’ile. Ces principes qui irriguent l’art, rompent avec l’approche euro centrée et univoque, en se plaçant clairement sur la voie inverse d’une éthique universaliste de la culture et de l’identité au profit de l’altérité. C’est d’ailleurs ce que Pétion Savain manifeste en faisant de l’art un outil d’ancrage dans les réalités du peuple.

 

De 1830 à 1860 la peinture historique et religieuse prend un essor. Elle retrace avec un talent indéniable l'histoire de l'émancipation du peuple haïtien qui fut le premier à se libérer par ses propres moyens de l'esclavage ou immortalise les glorieux libérateurs. Elle chante la gloire de la religion vodou qui assimile et métamorphose avec poésie et humour les personnages de la religion catholique ou les esprits venus avec les esclaves de l’Afrique profonde. Elle stigmatise les aberrations sanglantes des dictatures.

Le Concordat de 1860 permet à la religion catholique de se manifester vraiment en Haïti. Au début du XXe siècle, Haïti a une vie culturelle et intellectuelle riche. ... Plus tard, le manifeste de Pétion Savain pose l'idée que l'art haïtien pourrait s'inspirer des paysages haïtiens et des scènes de la vie rurale. Le concordat donne un nouvel essor à l’image pieuse. Philippe Delisle décrit l’apostolat des pères montfortains, très actifs dans les années 1870, qui distribuent médailles et images dans les coins les plus reculées de leurs paroisses.

 

La période de 1940 à 1972

Les années 1940 sont un tournant historique dans l’histoire du peuple haïtien. En 1942, prend fin la campagne anti-superstitieuse, qui s’en est prise au vodou et à tout ce qui, dans la culture profonde du peuple ne relève pas de l’héritage occidental.

En 1944, lorsque le groupe d'Haïtiens, incluant notamment Maurice Borno, Albert Mangonès et Lucien Price, alliés à l'aquarelliste américain Dewittitt Peters, fondent Le Centre d'Art à Port-au-Prince qui devient rapidement un lieu de rencontre privilégié pour les artistes. Les membres du Centre joueront un rôle important dans la recherche de talents artistiques et dans leur mise en valeur.

En 1945, l'écrivain français André Breton arrive en Haïti pour donner une série de conférences en conjonction avec l'exposition de l'artiste afro-cubain, Wifredo Lam. Il note, après avoir vu le travail d'Hector Hyppolite, que «l'art haïtien avait résolu le problème de la forme».

La révélation soudaine du monde occidental en 1945-1946 d’une peinture haïtienne originale (alors que quatre ou cinq ans plus tôt, un ethnologue américain avait noté le peu de disposition du peuple haïtien pour les arts plastiques), devait soulever de multiples interrogations. De son côté, André Breton ramène en France cinq toiles d’Hector Hyppolite. Il n’hésite pas à dire : « Elles apporteront du sang neuf à la peinture française qui en a grand besoin ».

 

L’esprit frondeur du Surréalisme trouve des échos, des résonances profondes en Haïti. Le séjour d' Aimé Césaire en 1944 et, ensuite, la visite d' André Breton sont comme des étincelles allumant la révolte chez les jeunes haïtiens aux prises avec une société traversée par des partages profonds de couleur, de classe et de culture. Si Césaire ouvre une fenêtre sur le surréalisme, Breton allume le feu de la révolte surréaliste.

André Breton rencontre des intellectuels, initiateurs de sa venue, marquée par une série de conférences et d'entretiens accordés à la presse d'opposition. L'occasion est pour lui d'affirmer son engagement, politiquement et artistiquement révolutionnaire, mais aussi de railler, en ces temps où les frontières géographiques comme artistiques sont redessinées, l'isolement et le déni dont est victime le surréalisme. Véritables tribunes contestataires au retentissement majeur, ses prises de parole ont pour effet d'attiser la colère latente et bouillonnante de la population à l'encontre de leur dictateur. La première conférence publique de Breton assistée par plus de 600 personnes est intitulée «Le Surréalisme et Haïti».

 

En 1946, parution à Port-au-Prince d'un numéro spécial de la revue La Ruche en hommage à André Breton. Le numéro est immédiatement saisi. René Depestre est arrêté et emprisonné. Le soulèvement qui s'ensuit provoque la chute du gouverneur Lescot.

Dans les années 1950, la peinture haïtienne évolue et se diversifie, s'ouvre à différentes formes d'expression, mais privilégie les couleurs et le trait. Pour André Breton, toute la peinture haïtienne s’explique par l’âme africaine qui habite les peintres, tandis que pour André Malraux, la peinture haïtienne se limite à deux courants, la peinture naïve et celle du vodou. Ces conceptions ont eu un impact décisif sur la réception internationale, voire nationale de la peinture haïtienne. Le public met du temps pour reconnaître et apprécier d’autres aspects de cet art, mais grâce à cette conception unitaire et à l’attraction touristique dont Haïti faisait l’objet, la peinture dite naïve connaît un succès extraordinaire.

 

L’Art pictural haïtien est multiple, foisonnant . Tous les styles possibles, du plus naïf au plus sophistiqué sont présents. Par la magie du pouvoir créatif de ce peuple, l’art prend des couleurs, des formes, une atmosphère que l’on ne retrouve nulle part ailleurs.

Au milieu du XXe siècle et au sein de la peinture naïve haïtienne, à l’origine de la reconnaissance du pays par le marché occidental de l’art, l’expression plastique d’inspiration chrétienne a joué un rôle majeur avant de s’effacer devant les arts du vodou. L’iconographie chrétienne d’Haïti est aujourd’hui mieux connue, constituée à la fois des apports modestes de Saint-Domingue et des images pieuses diffusées aux XIXe et XXe siècles par le clergé européen. À l’époque comme aujourd’hui, on retrouve cette puissante imagerie catholique sur les murs des temples vodou.

 

Jean-Michel Basquiat (1960-1988): mi haïtien mi portoricain, commence comme artiste de rue peignant des graffitis, et devint ensuite un artiste d'avant-garde très populaire et pionnier de la mouvance dite "underground" (néo expressionniste). Son style est original, nerveux, violent et énergique.

 

De 1972 à nos jours

En 1972, une collection de peintures naïves/primitives est déplacée d’une salle du Collège Saint-Pierre vers un nouvel espace d’exposition: le Musée d’Art Haïtien. Le Centre d’Art a largement contribué à l’élargissement de cette collection par un don d’œuvres retirées de la vente avec l’idée de préserver cet important mouvement qui a pris naissance à l’intérieur de ses murs. L’art haïtien retrouve sa place de noblesse grâce à un petit groupe de peintre résistant qui à sut lutter durant les périodes noires du gouvernement.

 

En 1992, l' Institut Français d'Haïti sort deux numéros de la revue Conjonction consacrés au Surréalisme en Haïti. Les numéros 193 et 194 de Surréalisme et Révolte en Haïti présentent un certain nombre de textes qui cherchent à faire ressortir un pan de l' histoire littéraire haïtienne laissé dans l'ombre. Parmi une dissémination de textes poétiques, nous y trouvons des textes d' André Breton, d'Aimé Césaire, de Jacques Stephen Aléxis, d' Alejo Carpentier, de René Depestre, de Georges Castera, de Milan Kundera, de René Bélance, de Magloire Saint-Aude. Il s' agit de conférences, d' interviews, de lettres et d' analyses qui suscitent un certain nombre de réflexions concernant le surréalisme en Haïti, pays du réalisme merveilleux.

 

1994, La peinture haïtienne est à l’honneur. La rencontre des deux mondes vue par les peintres d’Haïti, exposition itinérante inaugurée à Séville, puis présentée à Gènes, Paris, Nantes, Chambéry, Toulouse, Orléans, Montpellier, Fort-de-France, Ottawa, Détroit, Chicago, Point-à-Pitre, Port-au-Prince, Cap-Haitien, Républicaine Dominicaine, Mexique retrace, en cent tableaux, l'histoire d’Haïti, de l'arrivée de Christophe Colomb à la récente destitution du président de la République, le Père Aristide. La peinture est très vivante et se développe à travers une paysannerie qui représente 95 % de la population. Ces peintures vitalistes aux riches couleurs évoquent les épisodes les plus dramatiques de l’histoire Haïtienne.

En 2000, à l’occasion de la journée mondiale de la francophonie du 20 mars, après le Brésil et avant le Mexique, la Ville de Paris poursuit son hommage au Nouveau Monde en célébrant à la fois le pays le plus pauvre d’Amérique et l’art moderne le plus étonnant de la Caraïbe.

Le 12 janvier 2010 à 16h53 , un séisme en Haïti faisait plus de 250 000 morts. Dany Laferrière disait « on fait corps avec la terre » . Tout cela a duré à peine une minute, mais on avait huit à dix secondes pour prendre une décision. Quitter l’endroit où l’on se trouvait ou rester. Au dramatique bilan humain de cette catastrophe s’ ajoutent de nombreuses répercussions dans la société haïtienne : la vie sociale, culturelle et politique est à reconstruire.
Parmi les lieux emblématiques détruits par le tremblement de terre, on compte le Centre d’art de Port-au-Prince. Lieu de création, de formation, de rencontres, il était l’un des socles principaux de la vie culturelle haïtienne.

En 2014, Si le bâtiment du Centre d’Art n’a pas été reconstruit, plusieurs milliers de peintures et sculptures sont sauvegardées et le centre reprend une partie de ses activités, notamment formations et ateliers.

 

En 2020, les conditions socio-économiques en Haïti sont devenues de plus en plus difficiles et une flambée de violence à travers le pays a encore aggravé la situation. Des gangs armés terrorisent la population, les crimes et les enlèvements se multiplient. L'art et les artistes sont directement concernés. Plusieurs galeries ont fermé leurs portes faute de clients. Les touristes n'osent plus mettre les pieds en Haïti. Les artistes continuent de travailler à la promotion de l’art haïtien en Haïti et à travers le monde

L’artiste Patrick Cauvin dit Ti-Cauvin témoigne : C’est la violence scopique qui traverse le peuple haïtien depuis son embarcation originaire qu’il met en perspective, la longue durée du processus créateur qu’il met en profondeur. Un peuple qui sublime et qui espère… les yeux à la fois fermés et grands ouverts sur l’espace des possibles.

 

Les Haïtiens font parler leur peinture

Haïti est un festival de couleurs : couleurs délavées des murs, couleurs bigarrées des marchés omniprésents, couleurs vives des petites constructions des villages, décoration surréaliste des célèbres " Taptap " qui brinquebalent et promènent à travers les villes leurs armoiries à la gloire d’un Dieu qui semble seul à pouvoir sauver ce pays oublié du reste de la planète comme si on voulait échapper, en coloriant le monde, aux difficultés insurmontables de la vie quotidienne ou à l’effroyable misère des bidonvilles, comme si on voulait prendre, à travers la peinture, la parole si souvent interdite.

Les ruines sont encore ici et là présentent, souvenir terrible de janvier 2010, des tentes, des abris faits de tôles et de cartons, rien n’y fait. Ce peuple croit en l’avenir. Les artistes qui ont échappé à la mort ont repris leurs pinceaux.

 

Dans l’art haïtien, le tableau de l’artiste fait ressortir les lignes qui ont une valeur cosmique. La verticale représente l’esprit : l’horizontalité la matière, la croix devient la rencontre de l’esprit et de la matière, signe de Legba qui permet à l’esprit d’entrer en contact avec la matière, signe aussi du Christ, dieu fait d’homme, signe de l’esprit qui a rencontré la matière. La circonférence de Damballah, le loa serpent (seul capable d’en adopter la forme), mais elle est aussi l’image de l’homme qui devient le centre de tout.

 

En quarante ans, trois générations de peintres, de sculpteurs, des céramistes ont pu naître. En dépit d’une facture comme largement reconnaissable, pointillisme, motifs floraux, travail en aplat, effets de tapisserie, symbolisme animalier, mythologie vodou. Les particularités propres à chacun sont parfaitement identifiables.

De nombreux Ateliers se créent : l’Ecole du Nord, à Cap Haïtien, l’Ecole de Sud à Jacmel (où vivent aujourd’hui nombre de peintres devenus célèbres) par exemple Ismaël Saincilus, (Maître des icônes) entré au centre d’Art de Dewitt vers 1956, et qui deviendra le créateur de l’Ecole de l’Artibonite. Son enseignement, ouvert à tous les jeunes talents, deviendra célèbre : ses élèves et tous les peintres Haïtiens, lui portent une véritable vénération. La communauté de Saint Soleil produit des œuvres puissantes, enracinées dans le Vaudou. Parmi les paysans illettrés se révèlent de grands artistes. André Malraux leur rend visite en 1976, quelques mois avant sa mort. Il consacrera un magnifique chapitre de sa dernière œuvre " L’intemporel " : il dira de cette école primitive " l’expérience la plus saisissante et la seule contrôlable de peinture magique en notre siècle "

 

Jean Price-Mars attribue la créativité des peintres haïtiens à leurs origines africaines. Les peintres vont s’inspirer d’une prodigieuse floraison d’arts plastiques qui a bouleversé le monde moderne comme une révolution. N’est-il pas vrai que la peinture et la sculpture ont trouvé dans le réalisme africain une source féconde de rénovation et de fraîcheur. De son côté, Albert Mangonès exprime ce même sentiment au premier congrès international des écrivains et artistes noirs en 1956. Vingt ans plus tard il en parle pratiquement de la même manière.

 

Souvent issus de milieux défavorisés, les peintres naïfs haïtiens sont des artistes autodidactes qui se lancent dans la peinture sans formation préalable. Ils ne se préoccupent pas du rendu de la perspective, de la précision du trait, ou du naturalisme des couleurs. Ils simplifient les formes, adoptent un langage spontané et créent à leur manière, selon leurs propres codes. Loin du canon académique, cette innocence primitive, d’abord raillée et jugée archaïque, a trouvé grâce aux yeux de nombre d’artistes modernes, de Picasso à Dubuffet – « Quand j’étais enfant, je dessinais comme Raphaël mais il m’a fallu toute une vie pour apprendre à dessiner comme un enfant », confiait ainsi le maître du cubisme.

 

Mais la peinture haïtienne est aussi une peinture qui appelle la fête, la gaité, la joie. Aussi le carnaval, est représenté par un grand nombre de peintres. Ils prennent un plaisir à essayer de restituer sur leurs toiles l’ivresse générale que procurent l’aspect festif des jours de carnaval.

 

L’art naïf

 

On ne devient pas naif, on naît naif ou on ne le sera jamais. C’est un don, et ce talent ne dépend ni de la profession, ni de l’âge, ni su sexe

Préfète Duffaut

L’art naïf est un art qui fait penser à des dessins d'enfants. Il désigne la manière d'aborder la peinture par les « peintres naïfs », dont l'une des principales caractéristiques plastiques consiste en un style pictural figuratif ne respectant pas — volontairement ou non — les règles de la perspective sur les dimensions, l'intensité de la couleur et la précision du dessin. Le résultat, sur le plan graphique, évoque un univers d'enfant, d'où l'utilisation du terme « naïf ». L'inspiration des artistes naïfs est généralement populaire et le terme s'applique aussi à des formes d'expression populaires de différents pays, notamment au courant artistique le plus connu d'Haïti. L’art naïf répond généralement à une vocation qui, peut se révéler dans les milieux sociaux les plus divers, aux âges les plus variés, et qui prend forme un jour, réveillée par un évènement particulier survenu dans la vie du peintre.

 

L'appréciation de l'art naïf est un phénomène assez récent: de nombreux artistes encore vivants ne se sont jamais attendus à ce que leur travail soit si ardemment recueilli. Au milieu du XXème siècle, la plupart des pays développés avaient des artistes naïfs qui jouissaient d'une certaine notoriété

 

On remarque une absence caractéristique de perspective, ce qui crée l'illusion que les figures sont ancrées dans l'espace et qu'elles sont flottantes. Le terme de « naïfs » décrit alors un style figuratif où dominent les couleurs en aplat et les sujets populaires: scènes de rue, marchés animés, combats d'animaux, etc. .

 

L'artiste naïf peint avec la même passion que tout autre artiste, mais sans qu'il ait vraiment les connaissance formelles des méthodes sophistiquées de peinture. Les œuvres de peintres naïfs sont souvent extrêmement détaillées avec une tendance à l'utilisation de couleurs plutôt saturées.

 

Le début du mouvement des naïfs haïtiens

Après la Seconde Guerre mondiale, le peintre américain Dewitt Peters crée en 1944 une école d'art et de peinture à Port-au-Prince. Son enseignement reste dans un premier temps académique et influencé par les courants occidentaux ou américains. Impressionné par le style naïf des peintres des rues, Dewitt Peters décide d'accueillir, en complément de ses étudiants traditionnels, des autodidactes à qui il fournit le matériel qui leur permettra d'exprimer leur talent. Une première vague de ces artistes commence à connaître une certaine notoriété, comme Hector Hyppolite, Rigaud Benoit, Castera Bazile, Wilson Bigaud, Gesner Abelard ou Robert Saint-Brice. C'est le début du mouvement des « naïfs haïtiens ».

La peinture, véritable institution du pays, continue de susciter les vocations artistiques. Beaucoup de peintres s'expatrient dans les îles des Caraïbes. Très colorée et naïve, cette peinture, mondialement connue, s'inspire de la vie quotidienne des villages et des multiples croyances vodu sur Haïti.

 

Une esthétique nouvelle

Les peintres naïfs apportent une sensibilité inconnue des générations précédentes, une nouvelle respiration, loin du calque « académique ».

La peinture naïve haïtienne représente l'une des dernières ruses de l'homme pour s'exprimer sans nommer, simplement en montrant, en évoquant des scènes imaginées ou lointaines comme ces enfants qui rêvent tous les soirs qu'ils mangent parce qu'ils ont dû se coucher à jeun et qui se réveillent affamés parce que le pain est cher et la vie rude. Une esthétique nouvelle renvoie à un mélange inédit de matière et de formes. Il s’agit de rendre visible, figurable ce qui était infigurable ou non figuré. Le jamais vu doit néanmoins avoir une logique.

Est-ce le secret de la luxuriance de ce merveilleux permanent qui habite les peintres Haïtiens ?

 

La peinture naïve essaie de restaurer, d’un seul tenant, la trame brouillée de la naissance, de l’histoire du peuple haïtien : elle redessine sur la nappe déchirée des habitudes, les ressources originelles, l’ouverture et les possibilités d’accès au monde ; c’est l’irruption de l’essentiel, de la végétation, de la grâce dans l’expression du monde.

 

On trouve une côte pluriel, la transmission de la couleur, de la joie, les ondes positives, beaucoup de mouvements, toutes ces âmes ont les voient errées dans l’univers et dans l’espace, avec des cultures différentes qui se mélangent. L’histoire est présente dans certains tableaux, les esclaves d’Haïti, la libération avec une ouverture vers l’âme et l’abondance représentée par le poisson.

 

Dans l’art naïf, les couleurs sont importantes : rose, bleu, vert, jaune, les couleurs les plus pures jaillissent de leurs toiles. Appliquées en aplats, elles dévoilent des scènes de vie populaires, des paysages exotiques et transforment la nature en un décor irréel. Des couleurs éclatantes qui transfigurent la réalité et nous plongent en plein rêve.

 

Les artistes rêvent d’un paradis perdu . Le sacré habite les œuvres des peintres. Les croyances vodou ou encore la religion catholique inspirent aux artistes des paradis terrestres, un âge d’or pastoral dans lequel l’homme vit en parfaite harmonie avec une nature luxuriante. Les artistes l’imaginent à Haïti, dans les exploitations paysannes, plantées de bananiers ou de cocotiers et traversées par une eau vive, qu’ils peuplent des animaux de la savane africaine tel l’éléphant, la girafe, le lion ou le zèbre. Toutes les fêtes populaires, relevant de traditions ou de coutumes sont des scènes privilégiées. Elles contribuent à interrompre la monotonie du quotidien, introduisent le rire, la joie, et le merveilleux. Les fêtes sont souvent pour le peintre , un thème de prédilection. Elles lui permettent de montrer une myriade de personnages qui fourmillent partout. Les peintres naïfs peignent rarement sur des toiles de grand format, donc dans un souci de précision, ils représentent tout, et sont obligés de le faire en miniature.

 

L'art naïf n'est plus, aujourd'hui, considéré comme un art mineur. Il est un art authentique, consacré lors de la grande exposition "Maîtres populaires de la réalité" organisée dans la Salle Royale à Paris en 19372, exposition qui circulera ensuite à Zurich et dans plusieurs villes aux Etats-Unis.

 

La peinture vodou

« Les trois quarts des gens de par le monde croient que le vodou est diabolique. Je peins pour montrer que ce n’est pas vrai. » Ainsi s’exprime André Pierre, 87 ans, prêtre vodou et peintre naïf dont l’œuvre reflète les croyances religieuses.

Le culte vodou apparaît très tôt dans la peinture haïtienne. Les deux figures les plus marquantes et les plus symboliques sont Hector Hyppolite et Robert Saint-Brice, dont la démarche artistique a été saluée par André Breton pour le premier, et par André Malraux pour le second.

 

Au début des années 1970, Maud Robart et Jean-Claude Garoute (connu comme peintre sous le nom de Tiga) créent un centre d’art destiné à accueillir les artistes autour du thème du mystère vodou. La peinture est avant tout une force qui « rend visible» l’invisible.

Des artistes imprégnés du vodou, mélangent tradition et modernité, utilisent la terre de leurs ancêtres, du kaolin et des pigments extraits des feuilles, des fleurs et des écorces des arbres souvent utilisés en médecine traditionnelle pour peindre des tableaux.

 

La peinture en témoigne. Le vodou offre à ses adeptes une mythologie et un ensemble de pratiques rituelles qui rendent compte à la fois, de l’origine du monde, des lois de la nature, de tous les aspects de la vie sociale et individuelle. L’originalité du système vodoun est de supposer que le monde est un ensemble harmonieux dont on peut rétablir l’ordre lorsque celui est perturbé (l’échec, la maladie, la mort) grâce à un ensemble de mythes, de rites, de pratiques thérapeutiques).

 

L’écriture d’un tableau peut faire ressortir l’idée de l’homme qui regarde la nature. Il conçoit l’idée de l’existence des êtres plus puissants que lui. En même temps, il cherche le moyen de les joindre, communiquer avec eux et recevoir les faveurs des loas. Le peuple haïtien n’oublie pas les ancêtres des loas actuels firent la traversée de l’Atlantique avec les premières cargaisons d’esclaves noirs déportés à partir de 1503, à Hispaniola pour remplacer la défaillante main-d’œuvre indienne des mines d’or.

 

Si l’art vodou repose sur l’esthétique du signe et du symbole, producteur d’un sens qui parle au for intérieur de chacun, il n’est activé que par l’existence d’interactions au niveau de l’inconscient collectif. Dans la vie quotidienne, la présence de calebasses d’offrandes que l’on place aux carrefours frappe la corde sensible des passants, tout comme les tambours, la nuit, font vivre des scènes précises.

 

Le rythme, par lequel communiquent les dieux et les hommes, naît le sens, le rythme, par lequel les loas descendent dans les humains, prennent possession d’eux, sous certaines conditions les libèrent et protègent.

Le vodou haïtien fascine et effraie. Vodun en langue fon parlée au Bénin signifie « une puissance invisible, redoutable et mystérieuse ayant la capacité d’intervenir à tout moment dans la société des humains ». Dans un sens religieux, c’est un système de conception du monde dans lequel les humains s’inscrivent. Le vodou est présent à tous les niveaux de la culture et de la société haïtienne.

Souvent représentés, les Vévés sont les symboles des loas. Les Vévés sont une écriture symbolique par laquelle les loas se révèlent aux hommes. Symboles d’une liaison intime entre les loas et les hommes, entre l’invisible et le visible.

 

Diagramme symbolique tracé autour du « poto-mitan » axe central du péristyle (temple du Vaudou) par le Ougan ou la Mambo (prêtres du Vaudou) dans des gestes rituels particuliers, dénotant parfois de l’habilité du traceur qui œuvre presque toujours de mémoire. Ces graphismes réalisés à la farine de maïs, de froment, de marc de café ou de poudre à canon sont des associations de symboles non figuratifs représentant les attributs des dieux.

Erzulie Freda, déesse de l’Amour et de la Beauté, a pour symboles des quadrillages de lignes verticales et horizontales au centre desquelles s’inscrivent des points, entourés de lignes en forme de cœur, symbole parfait d’union entre le positif et le négatif, entre l’eau et le feu, un véritable équilibre de la dualité universelle et cosmique. Parmi les formes que le peintre crée, et peut-être ne fait-il que les révéler, certaines acquièrent un pouvoir évocateur singulier et une activité magique.

L’art vodou peut rendre hommage au pouvoir spirituel des femmes autour des « mères. Il s’agit de reconnaître la puissance et l’autorité de la femme ainsi que les contradictions que crée ce pouvoir. Les mères sont censés » alors se transformer en oiseaux et être invitées par les âmes à examiner les éventuels problèmes de la société haïtienne.

Dans la nature, tout a une vie, une âme. La vie des plantes, des animaux et des insectes s’associe à la pensée de l’homme. Les arbres vivent, respirent, chantent ; l’arbre apparaît comme le représentant privilégié du monde végétal, souvent assimilé à un être humain. La peinture vodou fait une place particulière à l’arbre. L’arbre est le reposoir des dieux, le foyer des dieux ; on pratique des sacrifices, on dépose des offrandes au pied de certains arbres comme le mapou, qui est l’équivalent haïtien du baobab africain. L’arbre est souvent salué, sans lui adresser un salut un peu militaire mais fraternel et respectueux. Les arbres sont magiques, mi-arche mi-grotte, ils deviennent protecteurs. Quand ils sont arbre-serpent, Dambalha, ils deviennent l’arbre de vie et rendent la terre féconde. L’arbre de la connaissance devient bibliothèque t l’arbre alité rappelle la déforestation de l’île.

Hervé Télémaque entend, comme il le dit « redémarrer la peinture ». Dans sa série dédiée à La Canopée il montre que la canopée, est l’étage le plus élevé de la forêt, la couche supérieure de quelques mètres d’épaisseur où se trouve plus de 80% du feuillage des arbres.

 

Comme pour les vèvès, chaque loa a sa propre couleur. La Maîtresse Dantor (Notre Dame), dépendant du «degré» et du rite emprunté (Rada ou Pétro), préfère le rouge, le noir ou le bleu royal. Aïda (Ayida) Ouèdo (Immaculée Conception), femme de Damballah, opte pour le bleu du ciel et le blanc; Maîtresse LaSirène (Notre Dame de l’Assomption), le blanc; Damballah, le vert et le blanc; Agoué, le bleu vert; Aizan, le blanc; Zaka Médé, le bleu indigo; Badè, le vert pois; Jean Dantor, le jaune pâle; Simbi, le bleu ciel; Legba, le blanc, le rose, le jaune abricot ou le noir; Baron Samedi, le noir; les Guédé, le violet, le mauve, le blanc et le noir; Loko Atissou, le jaune; la déesse Fréda, le rose pâle, le vert et le blanc; Saint-Jacques Majeur, le bleu marin; Ogou, le rouge; Lenglensou, le vert pois ou le jaune foncé; la Maîtresse Aloumandia ou Alouba (Sainte-Anne), le blanc et le bleu; Grann (Grand-mère) Brigitte (Sainte-Brigitte), épouse de Baron Samedi, le blanc; Ogou Saint-Jean, le blanc, vert ou rouge; Agaou, le rouge et le bleu; Marassa, toutes les couleurs.

 

Hector Hypollite, peintre et prêtre vodou tient son inspiration des esprits peuplant son temple. Des loas qui figurent dans des compositions d'une extrême richesse imaginative, au ton très libre, émancipées de l'iconographie jusqu'alors fournie par la peinture populaire traditionnelle. Ses toiles sont telles des fenêtres ouvertes sur un monde invisible dont l'équilibre et la lisibilité s'attachent les vertus d'une grande maitrise chromatique.

Les Haïtiens distinguent les loas «doux» dits blancs. Ils observent, commentent et dépêchent : Damballah Ouèdo (Saint-Moïse), Legba (Saint-Antoine l’Ermite), Erzulie Fréda (Sainte-Rose, Mater Dolorosa, Vierge Miracle ), Maître Kafou ou Maître Carrefour (Saint-Lazare), Loko Atissou (Saint- Joseph ou Saint-Gabriel)…

D’autres loas «chauds» dits rouges : la déesse Erzulie Dantor (Notre Dame du Perpétuel Secours, Notre Dame du Mont-Carmel), les Ogou Feraille ou Chango (Saint-Georges), Legba (Saint-Antoine de Padoue), Lenglensou (Jésus ensanglanté)…

De ces loas précités, certains sont considérés comme des «esprits» de nettoyage ou protecteurs (Legba, Ogou), de traitement ou guérisseur (Damballah …), de règlements de compte ou négociateurs (Badè, Lenglensou, Marassa); d’autres comme des loas «points» ou initiateurs à différents degrés (Kafou, Aizan).

 

Le Soleil et la Lune sont présents dans la peinture vodou. Le Soleil symbole cosmique, incarne les forces créatrices ; il est aussi symbole de fécondation. Le Soleil couve et donne la vie ; ses rayons figurent les influences célestes ou spirituelles reçues par la terre. Immortel, il se lève chaque matin et descend chaque nuit au royaume des morts. Il initie à certains mystères et à des connaissances secrètes. En corrélation avec le Soleil, se manifeste le symbolisme de la Lune. Privée de lumière propre, elle est considérée comme le reflet du Soleil et de ce fait, en possède une partie des pouvoirs. Symbole de la transformation et de la croissance, elle contrôle tous les plans cosmiques des cycles : eau, pluie, végétation, fertilité, renaissance.

Les représentations plastiques inspirées du vodou, religion populaire fortement liée à l’histoire d’Haïti, mêle cultes africains et croyances catholiques, ont bénéficié d’un intérêt jamais démenti depuis la reconnaissance de cette forme d’expression. L’essor du vodou après 1804 n’empêche cependant pas l’existence du fait catholique à Haïti. La peinture d’inspiration chrétienne tient une place nettement plus discrète. Dénoncé comme un amalgame de « fétichisme, sorcellerie et pratiques superstitieuses », pour reprendre le jugement, banalement exemplaire, d’un missionnaire breton envoyé à Haïti dans les pre mières décennies du xxe siècle, le vodou se trouve confronté à de violentes contre-attaques de l’Église. Aux classes populaires, dans lesquelles vodou et catholicisme s’interpénètrent, le catholicisme finit par apparaître comme la religion des élites, détournée d’une authentique culture nationale.

Au milieu du XXe siècle, l’expression plastique d’inspiration chrétienne a joué un rôle majeur avant de s’effacer devant les arts du vodou. L’iconographie chrétienne d’Haïti est aujourd’hui mieux connue, constituée à la fois des apports modestes de Saint-Domingue et des images pieuses diffusées aux XIXe et XXe siècles par le clergé européen. À l’époque comme aujourd’hui, on retrouve cette puissante imagerie catholique sur les murs des temples vodou.

 

Les peintres Haïtiens

L’histoire des peintres haïtiens est étonnante. Les catastrophes naturelles ont laissées des traces. Dans les maisons, aux planchers qui tanguent, aux murs de traviole, on est frappé par l’originalité des toiles exposées, hautes en couleur. D’un tableau à l’autre, chaque peintre, à sa façon, semble exprimer une peinture avec des notes d’une vaste symbolique populaire. En majorité d’origine paysanne et le plus souvent analphabètes, dont la plupart travaillent dans des maisonnettes en planches et en tôles, percées de mille trous. Ensuite le prochain cyclone, à coup sûr, viendra tout détruire …

L’art haïtien va survivre et son esprit créateur capable de résister à tous les désastres évoque une expérience interculturelle unique, tout en proposant «une voie de renouvellement à la plastique haïtienne».

L’île d’Haïti a toujours été une île à part entière pour son génie pictural.

 

Hector Hyppolite

La légende d’Hector Hyppolite est belle, pleine de mystères. Le réel, comme le merveilleux, ont façonné sa vie, dans une intrication si étroite, qu’il n’est guère possible de séparer l’un de l’autre.

Parmi les plus célèbres représentations artistiques, Hector Hyppolite, est un prêtre vaudou qui tient son inspiration des esprits peuplant son temple. Des loas qui figurent dans des compositions d'une extrême richesse imaginative, au ton très libre, émancipées de l'iconographie jusqu'alors fournie par la peinture populaire traditionnelle. Ses toiles sont telles des fenêtres ouvertes sur un monde invisible dont l'équilibre et la lisibilité s'attachent les vertus d'une grande maitrise chromatique. L'importance et l'influence du catalogue d'images et de traditions orales vaudou transmis par Hyppolite ne saurait toutefois réduire l'art naïf à la stricte expression du religieux.

Peintre prolifique, Hector Hyppolite laisse un héritage pictural d'envergure (près de 300 tableaux), en dépit d'une carrière particulièrement courte (1945-1948). En replaçant cet héritage dans une trajectoire historique et culturelle, des évènements sont à prendre en considération :1928, Jean Price-Mars publie "Ainsi parla l'Oncle:", texte qui servira de base théorique aux tenants de l'Indigénisme et des tendances qui marqueront et marquent encore la société haïtienne.

Les toiles d’Hector Hyppolite étaient marquées du cachet de l’authenticité totale ; elles étaient les seules de nature à convaincre que celui qui les avaient réalisées avait un message important à faire parvenir, qu’il était en possession d’un secret.

 

Philomé Obin

Philomé Obin est un peintre haïtien né le 20 juillet 1892 (ou en 1891 selon d’autres sources) à Bas-Limbé, près de Cap-Haïtien. Ses tableaux d’une précision géométrique et en même temps poétique sont aussi appréciés en Europe qu’en Amérique du Nord.

Son atelier au Cap-Son atelier au Cap-Haitien était le lieu de rencontre d’une école de peintres dont faisaient partie non seulement les nombreux membres de sa famille mais encore une douzaine d’autres artistes locaux dont les styles ont été inspirés par le maître. Beaucoup de ses œuvres des années 1920 et 1930, peintes sur ​​du carton ou des supports agglomérés, ont malheureusement été perdues.

 

Jean-Michel Basquiat

Du graffiti à la peinture, Jean-Michel Basquiat (1960–1988) est l’une des comètes de l’art contemporain. Mort d’une overdose à l’âge de 27 ans, ce jeune ami de Warhol a élevé le street art au rang des beaux-arts. Son œuvre témoigne des réminiscences de son passé familial (ses origines haïtiennes), conjuguées aux influences du pop art. Il est devenu l’une des grandes figures de l’afro-américanisme dans le monde artistique.

En 2017, une de ses œuvres pulvérise un record de vente. Elle atteint aux enchères 110,5 millions de dollars, signe que l’artiste mort depuis trente ans n’a pas fini de faire vivre le marché de l’art contemporain. Il est devenu l’un des artistes américains les plus chers de l’Histoire.

Basquiat s’est lancé dans la peinture avec des ambitions clairement affichées : « Je suis venu à Picasso pour donner ses lettres de noblesse à l’art dit « primitif ». Il n’empêche que l’histoire de ses rapports avec Haïti et le vodou reste encore à écrire.

 

Robert Saint-Brice

L’artiste Robert Saint-Brice est l’un des artistes les plus énigmatiques naïfs. Il est aussi l’un de ceux dont l’œuvre pose des questions les plus pertinentes sur l’art, sa création et sa réceptivité. Son impact sur le public a fait de lui l’un des piliers de la peinture naïve, et peut ùêtre aussi l’un des plus féconds, par l’influence qu’il a exercée, dès son vivant, sur une génération de peintres. Si André Malraux a fait de lui le descendant direct d’Hector Hyppolite, pour la critique Madeleine Paillière, les quelques ressemblances entre les deux peintres ne dénotent aucune influence de l’un sur l’autre. Bien qu’il soit surtout connu pour l’aspect «pointilliste» de son œuvre, il semble important, pour alimenter le souvenir de son apport à l’art haïtien, de considérer un aspect autre, son utilisation de la ligne et son importance.

 

Préfète Duffaut

Né le 1er Janvier 1923 à Jacmel, il commence à peindre en 1973. Premier Prix du Festival des Arts Nègres de Dakar en 1966. "Il est d'abord un peintre mystique qui s'inspire de la mythologie vodou pour exprimer sa conception du monde. Il est aussi le peintre des fameuses "Villes Imaginaires"(...) Chez lui, chaque paysage est aspiré vers les cimes, bouleversé par un tremblement de terre inopiné... irrésistible mouvement ascensionnel, tourbillon de matière qui s'élève vers le ciel, rien n'échappe à cette poussée verticale, à cette gravitation inversée..." Il a exposé au Musée d’Art Haïtien en 1973, à l'Institut Français d’Haïti (1974/ 1982/ 1985), à Philadelphie en 1976, à la Villa Médicis à Rome en 1986 et à l'exposition "Art Naïf /Art Vodou" à Paris au Grand PaIais en 1988.

 

André Pierre

Une chaîne de télé internationale diffuse un film sur les grandes figures de la peinture du 20e siècle. Son choix: Pablo Picasso, Salvator Dali et... André Pierre.

André Pierre, peintre naïf et témoin des premiers pas de la peinture haïtienne au cours des années 1940, aura marqué plusieurs générations de peintres et de sculpteurs haïtiens. André Pierre a d'abord été découvert par l'écrivaine et réalisatrice américaine Maya Deren en 1947. L'échange est fructueux : André la conseille dans ses recherches sur le vaudou alors que Maya l'encourage à peindre et lui présente Peters DeWitt, fondateur en 1943 du centre d'art de Port-au-Prince, consacré aux arts traditionnels d'Haïti. André Pierre, après avoir longtemps hésité, se consacre à la peinture à partir de 1959 et Peters DeWitt l'aide en lui fournissant du matériel de peinture. L'œuvre d'André Pierre a aussi été mise en lumière à la suite de l'ultime voyage d'André Malraux, à Haïti, évoqué au chapitre XI de l'Intemporel, publié en 1975.

Dans ses toiles cohabitent nature, symboles, mythes, rituels vodou sur fond de couleurs symboliques. Cette symbiose du mystère et de la réalité les rapproche du fauvisme et de l 'expression abstraite. Ses œuvres se retrouvent dans d'importantes collections d'Haïti et de l'étranger. En 1993, le Musée Fowler de l 'Université de Californie lui rend hommage.

Quand bien même il peint presque uniquement les loas, André Pierre les humanise et le plonge dans le cadre de la réalité quotidienne, tout en respectant les attributs, les costumes et les rôles que leurs prêtent la tradition et les croyances populaires. »

 

Jean-Claude Garoute

Jean-Claude, Garoute dit "Tiga", a souvent dit et écrit : « J’ai trouvé mon art à l’école de mon peuple ».

Tiga, né le 9 décembre 1935 à Port-au-Prince et mort le 14 décembre 2006 à Miami, est un artiste haïtien (peintre, sculpteur, céramiste et musicien).

Fondateur en 1968, avec Patrick Vilaire et Wilfrid Austin Casimir (Frido) de l’atelier du Poto-Mitan à Port-au-Prince, il crée en 1970 avec Maud Robart une initiative visant à renouveler la peinture haïtienne, en lui faisant rencontrer le vodou. L’expérience donne naissance, en 1973, au mouvement Saint-Soleil : Tiga et Maud Robart installent à Soisson-la-Montagne, sur les hauteurs de Pétionville, un atelier communautaire où vont travailler les habitants des environs.

Au Sénégal, Tiga a pu voir la dynamique et les changements devant libérer la créativité sénégalaise et la conduire dans la modernité. Il a vu et a peut-être participé aux ateliers qui, dans leurs méthodes d’enseignement, s’opposaient à tout ce qui risque de supprimer la personnalité, privilégiant ainsi le développement d’une esthétique qui prendrait sa source dans l’inconscient collectif et l’imaginaire artistique

Tiga a beaucoup travaillé avec les enfants, les handicapés mentaux, les illettrés ou encore les personnes éduquées, leur laissant la liberté d'expression la plus totale. Tiga a été nommé au grade de Commandeur peu avant sa mort.

 

Hervé Télémaque

Hervé Télémaque, né en 1937 à Port-au-Prince (Haiti), est un artiste peintre français d’origine haïtienne, associé aux courants du Surréalisme et de la Figuration narrative. Il vit et travaille à Paris depuis 1961.

Il démarre sa carrière artistique dès 1955 où il peint son premier tableau, à Verneuil-sur-Avre en Normandie. En 1967, il est de retour en Haïti et entre en contact avec le Centre d’Art de Port-au-Prince. En 1957, lors de l'arrivée au pouvoir de Duvalier, il quitte Haïti pour New-York et s’inscrit à l’Art Student’s League jusqu'en 1960, où son professeur, le peintre Julien Levi, encourage sa vocation artistique. Durant son séjour aux États-Unis, où il fréquente les musées, il s’est simultanément nourri de l’expressionnisme abstrait, puis du surréalisme

Une exposition rétrospective lui est consacrée par le Musée national d’art moderne au Centre Georges Pompidou du 25 février 2015 au 18 mai 2015, avec 74 peintures, dessins, collages, objets et assemblages5, reprise au musée Cantini, puis en 2016 à la Fondation Clément au François en Martinique, avec une sélection d'une cinquantaine de toiles en rapport direct avec les Antilles et l’Afrique.

Hervé Télémaque montre pour la première fois Témoins (1998) une fresque symbole d'un retour à ses racines Haïtiennes. Dans l'exposition "L'inachevée conception" il présente une toile imposante de dix mètres de long. Réalisé dans le calme de son atelier à Verneuil-sur-Avre en Normandie, le tableau Al l’en Guinée (2016-18), évoque le périple fantasmé d’un marcheur de fond. « C’est une randonnée sur la vie », s’amuse l’artiste pour ses images métaphoriques, trames escarpées et balises de diversion. Dans « randonnée » infuse l’idée d’un voyage au long cours. S'agit-il de la mort ou d'un retour joyeux au pays des ancêtres ?

 

Iris Geneviève Lahens

Iris Géneviève Lahens fait ses études d’architecture à l’École des Beaux-arts de Paris. Elle commence à peindre dans son pays d’origine Haïti et est appelée très vite à le représenter sur la scène internationale, à Miami en Floride à l’exposition Art America en 1996. L’année 2000, une année charnière ; arrivée au Québec et l’essor incroyable de sa carrière artistique ! Depuis lors, Iris expose tant au Québec qu’à l’international. Une exposition au Banneker Douglas Museum de Maryland, à Paris, à New York, Washington, Valence, Pékin, Port-au-Prince et les Antilles.

Ses œuvres font partie de collections de Musées et de collections privées. Iris, à la parole discrète et poétique, nous raconte l’Histoire des formes, des images, des civilisations, l’abstraction des mondes et l’énergie vitale de l’humanité. Ses œuvres nous permettent d’appréhender l’imaginaire de la réalité. Issues de l’imaginaire haïtien, les Ämes Métisses sont arrivées en décembre 2017 à la Galerie 24 Beaubourg, La ‘’Trans-Réfactions des Âmes Métisses’’ de la l’artiste peintre haïtienne Geneviève Iris Lahens. Une exposition d’œuvre en deux parties, un dialogue entre la matière des couleurs et la transparence du verre réalisée par un maitre verrier Théel ; Rencontre avec Geneviève Iris Lahens qui nous confirme « Que l’ivresse de l’art dans la peinture est une vraie thérapie ».

 

Une peinture différente

Aujourd’hui, qu’est-ce que l’art ? A l’heure d’une mondialisation aussi crainte qu’avérée, n’y-aurait-il place que pour un art unique et triomphateur, de l’art occidental et relevant des canons d’un très prévisible avant-garde ?

L’art haïtien du XXe siècle reste à l’écart de la problématique d’une quelconque opposition entre « modernisme » et « primitivisme », et il doit être repensé sous l’angle d’un réalisme merveilleux. Avec sa panoplie de dieux et d’esprits et le merveilleux que véhiculent certains artistes, la révolution haïtienne a été faite par les loas, qui sont ensuite retournés en Afrique où ils nous ont donnés une autre vision.

La naissance brutale et inopinée de l’art moderne hatien relève en elle-même, sur bien des aspects, d’une histoire vodou. Ce n’est pas le talent qui différencie les artistes mais leur capacité à attirer sur eux les faveurs des loas, les esprits du vodou.

L’ avènement de l’art naïf en Haïti pose, selon André Malraux, une véritable énigme. « Car l’Afrique qui [...] inspire évidemment [les peintres haïtiens] [...] n’a pas de peinture. >/ On voit ainsi surgir « le premier peuple de peintres - dans la seule race qui ait toujours dédaigné la peinture ». Pourtant, c’est l’Afrique qui livre, selon Jean-Marie Drot, interlocuteur de Malraux, la solution de l’énigme. Celle-ci résiderait dans le fait que les Haïtiens auraient « sauvegardé en eux le don de l’Afrique-mère »

On peut trouver un continuum qui montre par exemple le rapport homme/chien traité par des artistes d’époques différentes et de circonstances différentes : Hector Hyppolite (1894-1948) : chien méchant / , Charles Obas (1937-1969) : la nuit des chiens et Pascale Monnin (1974-) sans titre . Sur le plan de la forme, on peut par exemple noter le continuum qui va de Rigaud Benoit (1911-1986) à Edouard Duval Carrié (1954 -) et à un jeune artiste contemporain Pascal Merisier alias Pasko . Ce ne sont là que quelques exemples de la façon dont la cohabitation au Centre d’Art a été bénéfique pour les deux groupes, permettant aux sophistiqués/modernes d’emprunter certains éléments formels à leurs collègues primitifs/naïfs, allant jusqu’à réinterpréter certaines de leurs œuvres et, plus tard, jusqu’à l’appropriation de certains éléments visuels.

Les œuvres des artistes, marquées par la puissance de l’imaginaire et d’une certaine forme d’expressionisme, bénéficient dorénavant d’une reconnaissance internationale.

Haïti est le creuset d’un formidable essor culturel et a toujours été une nation apte au bonheur. Elle devient la preuve vivante que ni l’adversité, ni la misère ne peuvent en rien entamer le cœur d’un peuple qui ne cessa de s’en libérer par la poésie et l’art.

L’art haïtien a une histoire et exprime sa propre identité ouverte à l’autre . Il continuera à nous émerveiller et à rayonner dans le domaine de l’art. international

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