2021/07 - L'art symbole de la diversité - Partie III

L’ART, SYMBOLE DE LA DIVERSITE

Partie III

 

Berceau de l’homme, l’Afrique serait-elle aussi le berceau de l’art ? La question mérite d’être posée lorsqu’on visite les nombreuses grottes répandues à travers les forêts et les savanes du continent et que l’on peut découvrir des fresques de peintures rupestres parmi lesquelles certaines forment de véritables galeries dans la région australe, notamment du Cap à l’ancienne Nubie au Soudan en passant par les grottes de Namib en Angola, à titre d’exemple.

 

Du cabinet des curiosités à l’objet d’art

Les cabinets de curiosité existent depuis le XVIe siècle. Leur histoire est complexe et encore peu connue. Les premiers objets africains sont rapportés par les Portugais au XV siècle. Au XVI siècle se constituent des cabinets de curiosités où sont exposés des objets considérés comme étranges.

Mais du XVI au XIX siècle, les Occidentaux ont considérés ces objets comme le témoignage de l'infériorité africaine et d'un polythéisme choquant. Détruits souvent par les missionnaires et les colonisateurs, certains sont cependant rapportés. Les collections d'ethnologie sont présentes dans de nombreux musées, exposées, inventoriées ou non. Bien souvent, elles constituent l'un des parents pauvres de nos institutions muséales, à l'exception de quelques-unes parfois spécialement créées pour elles. Les objets n’ont qu’un intérêt scientifique à vocation encyclopédique et pédagogique sur les empires coloniaux. On les retrouve principalement dans les musées.

 

Apparus en Italie, les cabinets de curiosités sont d’abord l’apanage de quelques érudits illuminés et curieux qui collectionnent toutes sortes d’objets. Le cabinet est alors une sorte de miroir du monde en réduction, un lieu de contemplation solitaire, dévolu à la mélancolie, dont les rares spectateurs sont choisis. C’est ainsi que se constituent des collections (comme celle du futur musée Pigorini à Rome qui rassemble des objets rapportés par un jésuite) ; en 1827, s’ouvre le musée de Marine du Louvre (musée Dauphine en 1830) rassemblant les objets ethnographiques ; en 1878 est crée le Musée ethnographique des missions scientifiques du Trocadéro. En 1889, l’exposition universelle diffuse les objets coloniaux. En 1896 s’ouvre le premier magasin d’objets ethnographiques.

 

Les arts africains, principalement la sculpture, sont connus en Europe depuis le XVe siècle, mais n'ont acquis leur qualité d'expression artistique authentique qu'à partir de 1906. La mutation survenue dans la nature de l’art moderne entre 1906 et 1908 explique le fait que les artistes d’avant-garde établis à Paris ont « découvert » l’art nègre à cette époque.

En 1915, les artistes européens font-ils passer ce on appelait alors les objets de curiosité dans une nouvelle catégorie discursive et esthétique ? Ils sont les premiers inventer les arts primitifs.

Paul Guillaume, collectionneur et marchand d’art, ami du poète Apollinaire ouvre la première galerie où l’on présente de l’Art Africain qu’il achète aux administrateurs coloniaux, militaires et missionnaires.

 

La peinture contemporaine à la rencontre de l’art africain

L’Afrique a exercé une véritable fascination sur les milieux artistiques européens. En 1906, le peintre Vlaminck achète, une sculpture africaine dans un café de banlieue parisienne. La sculpture e va provoquer un attrait considérable à un tel point qu’elle va révolutionner les canons de la représentation  de l’art occidental. Les artistes comme Picasso, Vlaminck, Derain et bien d'autres vont être frappés par la puissance magique de l’art africain.  Pour Guillaume Apollinaire, « l’art nègre fut une révélation[1]. ». Le peintre Pablo Picasso trouve dans la statuaire africaine, son imposante volumétrie, son extrême stylisation, la source d’inspiration pour révolutionner la peinture contemporaine en Occident : le cubisme est né. Jean Cocteau et André Malraux[2] en ont convenu, l’art contemporain occidental n’a pu s’exprimer qu’après la découverte de l’abstraction artistique africaine. Il en est de même des musiques qui, aujourd’hui, rythment la vie de tous les êtres humains ; si on excepte le classicisme, elles ont toutes été sans exception marquées de l’empreinte africaine.

En 1912, les peintres expressionnistes[3] Kandinsky et Franz Marc attirèrent à leur tour, dans Der blaue Reiter, l’attention sur l’art nègre.

 

Art africain ou Objet cultuel

Le continent africain abrite une variété de sociétés caractérisées chacune par son langage, ses traditions, ses formes artistiques, qui ne cessent d’évoluer au rythme des transformations culturelles et sociales. L’objet cultuel a été détourné pour devenir de l’art africain. Le terme « art africain », sous-entendu de l' Afrique subsaharienne, n'inclut généralement pas l'art des zones nord-africaines situées le long de la côte méditerranéenne, ces zones faisant depuis longtemps partie de traditions différentes.

 

L’objet cultuel trouve toute sa signification lorsque les Africains ont recours à de nombreux intermédiaires dans tous les moments de leur vie : communiquer avec les esprits et les intermédiaires grâce à des statues d’ancêtres. Une bonne partie du rituel tribal est basée sur l’initiation à des groupes d’âge – dans les «sociétés» de jeunes ou de vieillards – chacune possède ses emblèmes et ses motifs de culte distincts; de nombreuses figures sculptées, ainsi que des masques qui symbolisent souvent des dieux protecteurs ou des divinités telles que le dieu du tonnerre ou le dieu du fer. Chaque groupe, a ses propres traditions artistiques, qui ont influencé son art et son artisanat, une grande partie de l’art tribal est liée à des cérémonies impliquant le surnaturel, le culte de l’esprit, la fertilité, etc. Le but de la statue n’est pas de reproduire servilement les apparences, mais de parler de l’expérience créatrice des forces invisibles.

 

Youssouf Tata Cissé décrit quant à lui la forme et la fonction de certains objets,  « boli, statues et statuettes dans la religion bambara » au Mali, en privilégiant le point de vue des dignitaires religieux. Un boli est « la manifestation de la force vitale, de l’énergie d’un esprit divinisé auquel il sert de réceptacle », et se présente comme une représentation massive et sommaire en argile d’un homme ou d’un animal. Par l’intermédiaire de ces objets, prières et sacrifices sont offerts aux esprits. Certains boli appartenaient au souverain bambara, et recevaient des sacrifices humains avant les campagnes militaires, d’autres connaissaient un culte spécifique de la part de jeunes filles désirant se marier et avoir un premier enfant. On prête aussi serment sur ces boli, dont la fonction est donc religieuse, politique, familiale et juridique.  

 

Pendant longtemps, il a été admis que l'art africain était un art anonyme, un art dont les productions, régies par des préoccupations ethniques, religieuses et rituelles dominaient complètement l'individualité créatrice. La notion de «l'art africain» était plus ou moins étrangère en Afrique. L'idée d'une esthétique formelle était, le produit des sociétés occidentales. Cette idée a servi à transformer les créations culturelles en « objets de valeur », objets que les Européens pouvaient apprécier en dehors de tout contexte culturel.

 

Le sculpteur devait donc respecter les formes traditionnelles, respecter la demande du commanditaire et celle du devin. Il ne signait pas ses œuvres, car dans les sociétés africaines, le collectif prime sur l’individu et l’important est son aptitude à respecter la tradition et sa prédisposition à laisser les esprits guider sa main.

 

On constate qu’à partir du début du XXe siècle, au moment où les objets africains font leur entrée sur la scène artistique en Europe, le dialogue interculturel du monde de l’art rencontre de nombreuses difficultés notamment à cause de la puissance du modèle occidental, qui veut imposer ses propres définitions.

 

L’émergence de l’idée d’une “esthétique africaine” a été affirmée principalement par les écrits occidentaux et secondairement par quelques Africains désireux de réfuter les thèses, désormais contestées, selon lesquelles le “nègre” était un homme sans civilisation, un sauvage. La notion « d'art africain » devient le produit de la période des premières grandes collections européennes.

 

Les premiers artistes et critiques qui se sont intéressés à la sculpture s'émerveillaient de sa forme. Cette forme leur paraissait ne pas être limitée ou entravée par des contraintes culturelles comme cela était le cas pour l'art européen. Pour eux, le « primitivisme » signifiait donc une libération, capable de produire une force expressive étonnante.

 

L’intérêt marqué au début du XX°  siècle par les artistes occidentaux pour la sociétaires occidentaux pour la culture des sociétaires tribales a joué un rôle déterminant dans l’éclosion de l’art moderne et de l’art africain.

 

Les œuvres africaines sont exposées en Europe

Peu avant la première guerre mondiale, les objets africains sont reconnus par des artistes comme les Fauves et les Cubistes. Vlaminck affirme être le premier à se passionner pour cet art. Vers 1900, il collectionne des objets africains. Au cours de la visite à l’exposition au Salon d’automne en 1906, Derain lui aussi commence à s’intéresser aux arts primitifs. La grande rétrospective consacrée à Gauguin par le Salon des indépendants est une révélation pour les jeunes peintres. Sa peinture où il exprime son refus de la civilisation occidentale va servir de déclic et de catalyseur immédiat pour la découverte des arts dits primitifs.

Pourtant, les œuvres exposées au Salon des indépendants ont été considérées comme un retour «à la sauvagerie, à la barbarie primitive qui consiste dans la méconnaissance et dans l’avilissement de toute beauté de la nature et de la vie» écrit Monray en 1911. Le Secrétaire d’Etat aux Beaux-Arts a même qualifié les cubistes épris des arts nègres de «bande de malfaiteurs». En effet, on avait donc du mal à croire que le colonisé soit apte à des œuvres aussi raffinées et exécutées avec des techniques parfois complexes, comme la fonte à la cire perdue.  

 

Le premier théoricien de l'art africain, de l'Afrique (ouest et centre) Carl Einstein, écrit en 1915[4] « Certains problèmes qui se posent à l'art moderne ont provoqué une approche plus scrupuleuse de l'art des peuples africains » [...] « [on a y rarement] posé avec autant de clarté des problèmes précis d'espace et formulé une manière propre de création artistique ». Paru en 1915, en pleine Grande Guerre, cet ouvrage illustré d’une riche iconographie fut un choc, une révélation, un événement dans les milieux intellectuels et artistiques d’avant-garde. En témoignent de nombreux articles de presse, de multiples correspondances, réactions et souvenirs de contemporains. Grâce à ce livre, l’art africain avait, de façon définitive et à part entière, pris place aux côtés des autres arts reconnus comme tels.

 

Les pratiques de l’histoire de l’art, à commencer par ses opérations les plus classiques concernant les classifications, les méthodes attributives, les modes de datation, sont ainsi longuement interrogées, non pas pour les remettre fondamentalement en question, mais pour appeler à expliciter les rouages pour prendre en compte les implications sociales actuelles de l’analyse des arts du passé.

 

Des éléments de la tradition affleurent dans de nombreuses œuvres africaines modernes, de même que certaines œuvres créées pour des usages traditionnels, en des temps proches de nous, contiennent des éléments de modernité. Bon nombre d’œuvres africaines sont arrivées en Europe sans attestation de noblesse, dans la masse indifférenciée et confuse de ce qui était considérée surtout, voire uniquement, comme le produit d’une culture inférieure.

 

L’art occidental ne parvenait plus à imaginer, l’artiste africain a probablement donner un élan sans précédent au monde de l’art. À mesure que les pièces affluaient en Europe, l'intérêt pour toutes les productions africaines grandissait, il faudra attendre la « découverte » des cubistes pour qu'une véritable mode artistique se développe.

1930 : Galerie du Théâtre Pigalle, exposition d’art africain et d’art océanien, organisée par Charles Ratton[5] et Christian Tzara, importante présentation d’objets dont certaines typologies, montrées pour la première fois à Paris

1935 : New-York, Museum of modern Art, Exposition African Negro Art, pour la première fois des objets africains, entrent dans un musée d'art moderne, sur les 600 pièces présentées , 250 viennent du Gabon et des deux Congo.

De grandes expositions furent organisées à Marseille (1923), à Paris (Pavillon de Marsan, 1925) à la Galerie Pigalle (1931), au Musée d’art moderne de New York (1935).

 Dès 1936, la première exposition d’art sacré zaïrois eut lieu à Kinshasa. Une vingtaine d’années plus tard, une exposition Art nègre et christianisme fut présentée au Vatican, puis à Utrecht en Hollande, tandis que les diverses missions constituaient collections et musées en Allemagne, Belgique, France, Suisse et Italie. En 1979 encore, se tenait dans la cathédrale de Lagos une manifestation intitulée Christian Arts in Nigeria.

 

 

L’initiative des écrivains et artistes Noirs

En 1956, à Paris et en 1959, à Rome, les Congrès des écrivains et artistes Noirs ont pour ambition de fédérer les intellectuels de l’Afrique et de sa diaspora afin de lancer les bases d’un projet culturel collectif. A Rome, le poète Léopold Sédar Senghor expose les « éléments constructifs d’une civilisation d’inspiration négro-africaine ». Il souligne le caractère fonctionnel de l’œuvre d’art, faite « par tous et pour tous ». Ces propos prennent en compte la diversité culturelle en considérant tout être humain à part entière. Cette diversité culturelle dans le domaine de l’art peut mettre en relation riches et pauvres, mais aussi riches et riches, pauvres et pauvres, et elle invite au partage à d’autres formes de richesses qui ne sont pas seulement matérielles, mais aussi spirituelles.

 

En 1962, le Congés international de la culture africaine célèbre la diversité de la création africaine organisée sur le continent. Selon l’organisateur de la manifestation, le Britannique Frank McEwen, l’idée du Congrès ne relevait « ni de la politique, ni du nationalisme, ni du racisme, mais , touchait à des valeurs permanentes, aux contributions de l’Afrique à nos temps modernes et à la connaissance d’une culture nouvelle en plein essor ».

 

À Dakar, au printemps 1966, s’ouvre le premier Festival mondial des arts nègres, organisé par l’État sénégalais dirigé par le Président Léopold Sédar Senghor. Quelques années après l’accès à l’indépendance de la plupart des pays africains, cet événement célébrait, pour la première fois en Afrique Francophone, la créativité et la diversité des arts et des pensées du continent et de ses diasporas. Le Festival mondial des arts nègres (Fesman) a été, en 1966, la première grande manifestation artistique internationale organisée en Afrique. Il a été suivi par le Festival culturel panafricain d’Alger en 1969, puis par le Festival of African Culture (Festac), tenu à Lagos en 1977. L’art nègre, qui n’a jamais eu l’ambition d’imposer au monde un impérialisme culturel quelconque, s’est révélé un instrument de dialogue. L’art nègre apporte à l’inquiétude de tout homme, le message du triomphe de la Vie sur la Mort.

 

En 1989 à Paris au Centre Georges Pompidou, l’exposition « Magiciens de la terre » est présentée comme « la première exposition véritablement internationale, rassemblant des a rtistes du monde entier». Aujourd’hui, l’exposition suscite toujours autant d’ intérêts. Par sa diffusion internationale et ses nombreuses publications, la collection contribue à construire un canon de «l’art contemporain africain » en privilégiant des peintres d’enseignes, sculpteurs de poteau funéraire, créateurs au service d’un culte religieux (Cyprien Tokoudagba, Amidou Dossou pour le vodoun au Bénin).

 

En 2005, Après Düsseldorf et Londres, le Centre Pompidou à Paris accueille Africa Remix, première grande exposition d'art contemporain africain. L’exposition regroupe les œuvres d'artistes déjà présents dans les circuits de l'art contemporain ainsi que le travail de jeunes artistes. L’exposition met en avant 84 artistes africains ou d'origine africaine, des femmes et des hommes vivant sur le continent africain ou ailleurs. L'objectif était de mettre sur pied une exposition qui s'abstient de toute idéologie et met en évidence la motivation profonde de la créativité africaine.

 

Le continent africain était à l’honneur de la 52e Biennale de Venise en 2007, avec la création d’un pavillon africain et un Lion d’Or remis au photographe malien Malick Sidibé ; quelques mois auparavant, le Centre Georges Pompidou inaugurait une salle consacrée à « la réalité mondialiste de la création artistique » dans le nouvel accrochage de ses collections permanentes.

 

                     

L’Afrique est au rendez-vous de l’art plastique

 

L’art africain ne cesse d’augmenter sur le marché international de l’art contemporain répondant ainsi à un engouement récent. Le nombre d’artistes va croissant en Afrique même, mais on les retrouve aussi à Paris, Londres, New-York, Vienne ou Dusseldorf. Quant à la qualité des œuvres, elle est désormais saluée par la critique occdentale. Enfin, les collectionneurs s’interessent de plus en plus à cet art en pleine effervescence.

 

Au Togo, Paul Ahyi[6] (1920-2010) est le plus grand artiste  africain d’art contemporain. Influencé par la richesse de l’art de la cour d’Abomey, il a  maîtrisé son art sous toutes ses formes (peintures, sculptures et animation des bâtiments par ses créations monumentales) Il a laissé au patrimoine mondial des œuvres dispersés sur le continent africain et dans le monde entier : Abidjan à New York, de Séoul à Paris, de Moscou à Dakar, au Vatican et au Nations Unies. Il sculpte les matériaux les plus divers (pierre, bois, ciment, marbre, laiton, aluminium, bois calciné), mais est très actif également dans le domaine des arts appliqués (vitrail, céramique, mobilier, tissus, tapis, etc.). Poète, homme de paix et de conviction, il a œuvré pour promouvoir la diversité culturelle et a été promu « Artiste de la paix de l’Unesco »                                                                                                                                                                                                                                   

La séduction de l’art nègre, masques, sculpture, statuettes, n’a pas fini d’épuiser sa charge de magie sur les esthétiques des grands maîtres de la peinture moderne. L’intrusion triomphale du jazz dans le champ de la musique d’aujourd’hui, son adoption par presque toutes les classes de la société semble être un des phénomènes les plus étonnants. il suffit d’entendre le coup de trompette et la voix de Louis Amstrong.

Dans la sculpture, Ousmane Sow né en 1935, est un  artiste sénégalais de renommée mondiale.. Il s’attache à représenter l’homme (Nelson Mandella, Toussaint Louverture, Victor Hugo, Charles de Gaulle …) , travaille par série (Peuls, Noubas…), s’intéresse aux ethnies nomades d’Afrique et d’Amérique. , Puisant son inspiration aussi bien dans la photographie, le cinéma, l’histoire ou l’ethnologie, Ses œuvres reflètent un homme humaniste et universel. Son  talent réside dans la puissance évocatrice de ses œuvres. Ousmane Sow ne transforme pas seulement  la matière inerte en sculpture vivante, il écrit des épopées avec la glaise de  l’ Histoire et sait insuffler à ses compositions une vérité qui dépasse de loin ce que l’on appelle généralement « réalisme » ou « naturalisme ». Il parvient à extirper l’inerte la mémoire essentielle du vivant, sait l’emprisonner pour mieux la libérer, la contraindre pour mieux la magnifier.

 

En 1990, Olivier Céna écrivait[7] : « Michel-Ange exprimait la condition humaine dans l’inachèvement, la contradiction entre ce qui pèse et ce qui s’envole, entre ce qui pense et ce qui fonctionne. Auguste Rodin l’exprimait par le mouvement contrarié, par ce qui tord ; Ousmane Sow, lui exprime, au-delà de la force apparente, par ce qui transperce parfois, par ce qui se dévine souvent, par ce qui transparaÏt »

 

Au-delà de l’art africain

Le terme « contemporain » ne se rapporte t-l pas au temps ? il est neutre. Il n'est pas nécessairement associé à des formes précises d'art, mais plutôt à l'art qui se fait aujourd'hui. Au début des armées quatre-vingt-dix, Susan Vogel, commissaire de l'exposition Africa Explores, utilise plutôt la nomination d'art intemational[8]. Elle affirme que dès que les Africains font des œuvres figuratives sur papier ou sur toile, il s'agit d'art contemporain. Puisque de l'art au contenu à cormotation traditiormelle se fait sur toile, aujourd'hui, cette forme d'art peut aussi être qualifiée de contemporaine. Vogel suggère donc la nomination d'art international, parce que le nom de cette catégorie décrit la nature des productions, les circonstances de formation et du travail de l'artiste et les productions qui s'inscrivent dans cette catégorie s'adressent à un public international.

 

Entre la peinture, la photographie, la sculpture et l’illustration

La peinture, la photographie et l’illustration ont souvent été concurrentes, complémentaires et même utilisées par un même artiste. Dans les ateliers, l’inspiration des artistes aux multiples facettes les conduit de la peinture à la photographie, en passant par la sculpture, l’illustration et l’installation.

D’Henri de Toulouse-Lautrec à André Warhol en passant par Edwar Hopper, être à la fois artiste peintre reconnu et illustrateur n’a rien de bien nouveau. La nouveauté semple tenir plutôt du nombre relativement important des illustrations qui ont tout une œuvre d’art. Convergence des techniques ? Importance de plus en plus grande du numérique ? Multimédiation de l’expression artistique ? Ou encore, consécration officielle d’artistes venus du monde de la Bande Dessinée comme Eriki Bilal ? Quelle qu’en soit la raison, une chose est sûre : les différences s’estompent.

L’art crée le lieu de rencontre, où les deux réalités, au lieu de s’affronter, comme dans tout le reste de notre existence, trouvent enfin un prestigieux terrain d’entente, s’harmonisent même. La conquête de la sagesse est la destinée naturelle de l’homme peut s’accomplir à travers toutes les activités naturelles, dont les arts.

L’art, valeur magnifique de la création humaine fait partie de la mémoire de notre temps.

 

 

 

 

[1] Guillaume Apollinaire. A propos d’art nègre, Togona, Paris, 1999, p 17. Voir également Blaise Cendras. Anthologie nègre. Editions de la Sirène, Paris, 1921 ; André Gide, Voyage au Congo, Gallimard, Paris, 1927.

[2] André Malraux, Les voix du silence

[3] L'expressionnisme se développe entre 1900 et 1925, particulièrement en Allemagne et dans les pays germaniques. La tendance se manifeste dans deux groupes célèbres: Die Brücke («le Pont») fondée à Dresde en 1905, puis le Blaue Reiter («Cavalier bleu») à Munich en 1911. Le terme d'« expressionnisme» commence à être largement utilisé vers 1910 dans le milieu de la revue et de la galerie Der Sturm à Berlin. Les peintres s'éloignent des préoccupations purement plastiques et rejettent la représentation insouciante de la réalité. Pour les membres du Blaue Reiter, «le renouveau ne doit pas être seulement celui des hommes, mais être une nouvelle naissance de la pensée» Les expressionnistes pratiquent la gravure sur bois pour les effets tranchés et archaïques que cette technique permet d'obtenir, ils trouvent dans les arts africain et océanien l'élan pur et primitif qu'ils recherchent.

[4] Carl Einstein (trad. de l'allemand par Liliane Meffre), La sculpture nègre[« Negerplastik »], Paris/Montréal (Québec), l'Harmattan, coll. « L'art en bref », 1988, 123 p., 21. Negerplastik est considéré comme le premier ouvrage théorique sur l'esthétique des arts de l'Afrique

 

[5] Charles Ratton commence sa collection en 1923, et devient la référence en art africain en 1930.

[6] Entretiens Pierre Amrouche, Jean-Yves Augel – Exposition Paul Ahyi à Guingamp (France) en 2010 – Conférences Jean-Yves Augel à Lomé en 2012,2014.

[7] Françoise Monnin. Ousmane Sow. Editions Calendes.1993, p 72

[8] Susan Vogel (éd.), Africa Explores.' 20th Century African Art, New York, The Center for African Art. 1991, p. 182.

.), Africa Explores.' 20th Century African Art, New York, The Center for African Art. 1991, p. 182.

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