2021/07 - L'art symbole de la diversité - Partie III

                                                                                

 

L’initiative des écrivains et artistes Noirs

En 1956, à Paris et en 1959, à Rome, les Congrès des écrivains et artistes Noirs ont pour ambition de fédérer les intellectuels de l’Afrique et de sa diaspora afin de lancer les bases d’un projet culturel collectif. A Rome, le poète Léopold Sédar Senghor expose les « éléments constructifs d’une civilisation d’inspiration négro-africaine ». Il souligne le caractère fonctionnel de l’œuvre d’art, faite « par tous et pour tous ». Ces propos prennent en compte la diversité culturelle en considérant tout être humain à part entière. Cette diversité culturelle dans le domaine de l’art peut mettre en relation riches et pauvres, mais aussi riches et riches, pauvres et pauvres, et elle invite au partage à d’autres formes de richesses qui ne sont pas seulement matérielles, mais aussi spirituelles.

 

L’année 1956 où se tient le 1er Congrès des écrivains et artistes noirs est jalonnée d’événements politiques très importants : les indépendances du Maroc, de la Tunisie, l’insurrection de Budapest (Hongrie), la nationalisation du canal de Suez par le colonel Gamal Abdel Nasser et le vote de la loi-cadre Gaston Defferre par la France acculée à faire une opération contre-feu en accordant une semi-autonomie aux pays africains qu’elle dominait.

 

En 1962, le Congés international de la culture africaine célèbre la diversité de la création africaine organisée sur le continent. Selon l’organisateur de la manifestation, le Britannique Frank McEwen, l’idée du Congrès ne relevait « ni de la politique, ni du nationalisme, ni du racisme, mais , touchait à des valeurs permanentes, aux contributions de l’Afrique à nos temps modernes et à la connaissance d’une culture nouvelle en plein essor ».

 

À Dakar, au prinptemps 1966, s’ouvre le premier Festival mondial des arts nègres, organisé par l’État sénégalais dirigé par le Président Léopold Sédar Senghor. Quelques années après l’accès à l’indépendance de la plupart des pays africains, cet événement célébrait, pour la première fois en Afrique Francophone, la créativité et la diversité des arts et des pensées du continent et de ses diasporas. Le Festival mondial des arts nègres (Fesman) a été, en 1966, la première grande manifestation artistique internationale organisée en Afrique. Il a été suivi par le Festival culturel panafricain d’Alger en 1969, puis par le Festival of African Culture (Festac), tenu à Lagos en 1977. L’art nègre, qui n’a jamais eu l’ambition d’imposer au monde un impérialisme culturel quelconque, s’est révélé un instrument de dialogue. L’art nègre apporte à l’inquiétude de tout homme, le message du triomphe de la Vie sur la Mort.

 

En 1989 à Paris au Centre Georges Pompidou, l’exposition « Magiciens de la terre » est présentée comme « la première exposition véritablement internationale, rassemblant des artistes du monde entier». Aujourd’hui, l’exposition suscite toujours autant d’ intérêts. Par sa diffusion internationale et ses nombreuses publications, la collection contribue à construire un canon de «l’art contemporain africain » en privilégiant des peintres d’enseignes, sculpteurs de poteau funéraire, créateurs au service d’un culte religieux (Cyprien Tokoudagba, Amidou Dossou pour le vodoun au Bénin). L’artiste Cyprien Tokoudagba réalise des peintures ou des sculptures dans quelques-uns des innombrables temples vodu qui peuplent la cité historique d’Abomey au Bénin. Il a su créer une imagerie originales des divinités et figures du panthéon vodu. Ce lien avec le monde vodu, il le tient de ses ancêtres de même que l’initiation dont il a fait l’expérience.  Face au phénomène de mondialisation, l’œuvre de Tokoudagba est de celles qui tient la diaspora africaine et à certains égards sud-américaine à son histoire. 

 

Cette exposition a été à l’origine de plusieurs autres expositions africaines importantes, qui visaient à éduquer et à célébrer respectueusement l’art et les artistes contemporains africains. Par exemple, on peut citer en 1995 l’exposition « Seven Stories about Modern Art in Africa ». Organisée par des conservateurs africains à la Whitechapel Gallery à Londres, elle a présenté les œuvres de 60 artistes comme un guide de l’histoire de l’art moderne africain.

 

En 2005, Après Düsseldorf et Londres, le Centre Pompidou à Paris accueille Africa Remix, première grande exposition d'art contemporain africain. L’exposition regroupe les œuvres d'artistes déjà présents dans les circuits de l'art contemporain ainsi que le travail de jeunes artistes. L’exposition met en avant 84 artistes africains ou d'origine africaine, des femmes et des hommes vivant sur le continent africain ou ailleurs. L'objectif était de mettre sur pied une exposition qui s'abstient de toute idéologie et met en évidence la motivation profonde de la créativité africaine.

L’art contemporain africain a été mis à l’honneur ces dernières années par de nombreuses grandes institutions, musées et fondations à travers le monde. Les artistes profitent d’une reconnaissance internationale de plus en plus soutenue, en témoignent les nombreuses foires spécialisées qui ont vu le jour en Afrique, en Europe et aux Etats-Unis.

 

Les artistes africains nous poussent à l’introspection, à l’analyse du monde, ses dérives, ses évolutions. Ils suscitent des interrogations quant aux enjeux de l’urbanisation, le quotidien dépeint en proie à la perte de l’humanisme, l’urgence environnementale absolue. Ils bousculent les codes préétablis et apportent un nouveau regard sur la plastique.
A travers leur art on s’enivre des bruits du monde, on vibre au rythme coloré, à la richesse d’inventivité, des messages délivrés. A travers leur imaginaire et la puissance symbolique des messages on pénètre un monde, une autre vision nous est suggérée. 

 

 

Aujourd’hui, le récent boom de l’art contemporain africain sur le marché a entraîné la création d’un nombre croissant de lieux artistiques, ainsi que la tenue de davantage de foires et d’expositions d’art sur le continent lui-même. 

Fondé en 2017, le musée Zeitz d’art contemporain d’Afrique au Cap, en Afrique du Sud, est rapidement devenu le cœur de l’art contemporain sur le continent. Le musée présente des artistes africains établis et émergents, exposant presque exclusivement des œuvres d’art du XXIe siècle. 

Le musée d’art contemporain africain Al Maaden à Marrakech, au Maroc, est un autre centre majeur de l’art contemporain africain. Fondé en 2018, ce musée d’art abrite une incroyable collection permanente d’art africain ainsi qu’une série d’expositions temporaires.

 

Héritiers de la traditon africaine venue des origines du monde, les artistes contemporains sont présents ! Mais allant au delà d'un héritage culturel, ils ont choisi de s'ouvrir au monde et à ses multiples apports et nous présentent une production artistique qui, pour reprendre le mot du poète, n'est "ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre".

 

 

 

Entre la peinture, la photographie, la sculpture et l’illustration

La peinture, la photographie et l’illustration ont souvent été concurrentes, complémentaires et même utilisées par un même artiste. Dans les ateliers, l’inspiration des artistes aux multiples facettes les conduit de la peinture à la photographie, en passant par la sculpture, l’illustration et l’installation.

D’Henri de Toulouse-Lautrec à André Warhol en passant par Edwar Hopper, être à la fois artiste peintre reconnu et illustrateur n’a rien de bien nouveau. La nouveauté semple tenir plutôt du nombre relativement important des illustrations qui ont tout une œuvre d’art. Convergence des techniques ? Importance de plus en plus grande du numérique ? Multimédiation de l’expression artistique ? Ou encore, consécration officielle d’artistes venus du monde de la Bande Dessinée comme Eriki Bilal ? Quelle qu’en soit la raison, une chose est sûre : les différences s’estompent.

L’art crée le lieu de rencontre, où les deux réalités, au lieu de s’affronter, comme dans tout le reste de notre existence, trouvent enfin un prestigieux terrain d’entente, s’harmonisent même. La conquête de la sagesse est la destinée naturelle de l’homme peut s’accomplir à travers toutes les activités naturelles, dont les arts.

L’art, valeur magnifique de la création humaine fait partie de la mémoire de notre temps.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                          Jean-Luc BURGER

 

 

 

1 Laurent Le Bon. Dada. Catalogue expo Paris. Editions du Centre Pompidou ; p 102 - En 1913, Guillaume Appolinaire affirmait : « On peut peindre avec ce qu’on voudra, avec des pipes, des timbres-poste, des cartes postales ou à jouer, des candélabres, des morceaux de toile cirée, du papier peint, des journaux »

2 Barry B. 2002. « culture and equality. An egalitarian critique of multiculturalism »

3 Michel Waldberg. Sujata Bajaj. Editions De La Différence. 2009 ; p 23

4 Kandinsky. Ecrits complets. Edition établie et présentée par Philippe Sers. Ed. Denoel ; 1975, p 17

5 Préface à la seconde édition du Blaue Reiter, 1914

6 L’almanach du Blaue Reiter. Vassily Kandinsky, Franz Marc. 1912. Traduit par : Erika Dickenherr, C. Heim, N. Kociak, Jean-Charles Payen, Alain Pernet, Philippe Sers, P. VolboudtF

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