2021/08 - La peinture chinoise

L’étude d’un art aussi éloigné de celui d’Extrême-Orient repose essentiellement sur la connaissance tout au moins sommaire des systèmes philosophiques et religieux. Les deux grands thèmes que le peintre peut se proposer de traiter sont la représentation de l’homme et celle du monde extérieur. 

Peindre consiste à dessiner des frontières », écrit à la fin du 1er siècle de notre ère l’auteur du premier dictionnaire chinois, le Chouo wen. Houa , le caractère qui signifie peindre », ne représente-t-il pas, selon lui, une main traçant avec une pointe les quatre côtés d’un champ, délimitant un champ ? Seize cents ans plus tard, l’ouvrage théorique du grand peintre individualiste Tao-tsi s’ouvre sur un éloge du Simple Trait du Pinceau, « source de toute existence, racine de l’infinité des phénomènes ». On pourrait presque paraphraser : « Au commencement était le Trait. » La ligne domine la peinture chinoise d’un bout à l’autre de son histoire.

Du trait à la peinture chinoise on découvre l’immensité des montagnes, le cours majestueux du fleuve, le déroulé du ciel et des nuages, mais on s’arrête aussi sur l’homme qui marche à petits pas sur le sentier, son baluchon à peine esquissé, sur l’oiseau que la branche doucement balance…

 

Le pouvoir politique a toujours manifesté un intérêt pour l’art. L’empereur Qianlong de la dynastie Qing (qui régna de 1735 à 1795) se constitua une collection de plus de 600 000 œuvres. Parmi elles, il en sélectionna trois, qu’il destina au « Cabinet des trois chefs-d’œuvre ». Toutes les trois étaient des calligraphies réalisées à l’époque des Jin orientaux (317-420 ap. j.-c.) 

Selon la technique utilisée, on peut distinguer plusieurs types de peinture : Le Gongbi (Pinceau soigneux ou Pinceau habile), au crayon et/ou pinceau, caractérisé par sa finesse et son attention minutieuse aux détails - le Baimiao (Dessin au trait ou Dessin blanc), avec uniquement les contours dessinés à l'encre noire.- le Mogu (Sans ossature), au contraire du Baimiao, sans contours.- le Xieyi Hua Ecrire l'idée ou Ecrire l'intention), un dessin libre où sont exprimées des impressions, au moyen de tracés amples - Le Shui Mo Hua (Encre et eau), une variante du Xieyi hua, mais à l'encre noire uniquement.

 

Au fil de l’histoire

De tous les aspects originaux que revêt la civilisation chinoise, les plus singuliers sont assurément le langage, l’écriture et la peinture, indissociables aux innombrables finalités : communication entre les hommes comme avec l’au-delà, maîtrise du geste, harmonie de l’esprit et du corps, instrument de réussite sociale et de pouvoir, voie cachée de la réalisation de soi, etc. il s'agit plus de l'expression d'un mode de pensée, mettant en avant l'harmonie entre l'homme et l'univers, et le dynamisme de cette relation.

Les plus anciennes traces de peinture sur soie, découvertes dans la province du Hunan[1] remontent au IIIème siècle avant J.-C. Du temps des dynasties impériales, la peinture chinoise acquiert véritablement ses lettres de noblesse.

 

En Chine, l’art de la calligraphie est considéré depuis près de deux mille ans comme un acte esthétique absolu, d’un accomplissement artistique supérieur à celui de la peinture. L’écriture est à la fois un répertoire de formes et une source de sens. Les anciens aiment rappeler le proverbe : on peut savoir le caractère d’une personne par son écriture manuscrite. la calligraphie sert toujours de lien continu entre le passé et le présent. Elle est considérée comme suprême parmi les arts visuels en Chine, et elle établit également la norme selon laquelle la peinture chinoise est jugée. En outre, la calligraphie a également conduit au développement de nombreuses autres formes d'art en Asie de l'Est, notamment la sculpture de sceaux, les presse-papiers ornés et les pierres à encre. Les calligraphes les plus célèbres de l'écriture régulière sont Ouyang Xun (557-641) : Confucius est décédé , Yan Zhenging (709-785) : Requiem à Neveu et Liu Gongquan (778–865).

 

De la calligraphie, comme l’a dit Shen Yu-Mo, un calligraphe chinois moderne : « la raison pour laquelle la calligraphie chinoise a été reconnue par les peuples du monde entier comme la forme suprême de l’art, tient au fait que la calligraphie a un éclat équivalent à celui de la peinture, malgré l’absence de couleurs, et qu’elle a une harmonie semblable à la musique malgré l’absence de son. Les qualités étonnantes procurent du plaisir et revitalisent l’esprit. »

A l'époque de la dynastie des Jin (265-420), la peinture était réservée à l'aristocratie et aux lettrés, seules personnes de l'époque à avoir le temps nécessaire pour arriver à maîtriser l'art de manier le pinceau, pour la calligraphie d'abord, puis pour la peinture, les deux arts étant étroitement liés.

La peinture figurative s'épanouit véritablement au temps de la dynastie des Tang (618-907). La cour impériale est alors largement représentée et dans toute sa splendeur, notamment par Zhou Fang. L'époque Tang voit aussi naître une nouvelle forme d'art, celle du maître Wu Daozi, qui utilise uniquement de l'encre noire étalée avec des coups de pinceaux libres, contrairement aux techniques connues jusque-là, où les traits à l'encre servaient de contour aux personnages très colorés et très détaillés. C'est aussi à cette époque que s'épanouit la peinture de paysages, des scènes monochromatiques et clairsemées, visant plus à exprimer le rythme de la nature que son image.

 

Durant la période Song (960-1279), la Chine est unifiée, mais pour peu de temps. La peinture devient une représentation visuelle des concepts Taoïstes et Bouddhistes. C'est aussi durant cette période que la poète Su Shi et son cercle de lettrés s'adonnent en amateur à la peinture, en utilisant leurs capacités en calligraphie.

L’influence de l'empereur Zhao Ji, huitième empereur de la dynastie Song (1100-1126),sur l'essor de la peinture chinoise est réelle. Il était un des fils de l'empereur Shenzong mais n'avait aucune chance d'accéder à la tête de l'empire chinois. Il était donc libre de s'adonner à sa passion pour la peinture et devint expert en calligraphie. Le hasard voulut qu'il accède tout de même au trône, ce qui fût un désastre pour la Chine, mais une bénédiction pour l'Art chinois. Il va réorganiser l'Académie Impériale des Beaux-Arts, faire venir de grands peintres et savants à la cour et fait installer des artistes dans la capitale. Zhao Ji met l'accent sur trois aspects de la peinture : le réalisme basé sur une observation de la nature, la copie des anciens Maîtres, et l'ajout d'éléments calligraphiques et poétiques aux peintures.

 

La période véritablement créatrice de l’art chinois se termine avec les Song. L'art minimaliste chinois se développe, pendant la période Ming (1368-1644) -représentant des sujets aussi simples qu'une branche avec un fruit ou un seul cheval. Cependant, deux écoles ont continué à perpétuer certaines techniques : l'école Wu, dirigée par Shen Zhou, ont continué avec les techniques de l'époque Yuan ; tandis que l'école Zhe a repris et transformé les techniques de la cour des Song.

 

Shitao (1641 env. 1720) (c'est sous ce surnom de courtoisie qu'il est le mieux connu en Chine, tandis qu'en Occident il est plus souvent désigné par son nom monastique de Daoji) est probablement l'un des peintres chinois les plus étudiés aujourd'hui. Il a laissé une œuvre immense dont la diversité et l'esprit d'expérimentation poussé audacieusement dans toutes les directions présentent une « modernité » bien faite pour répondre aux préoccupations de notre temps. Le peintre chinois Wu Guanzhong (1919-2010) a su marier la pratique traditionnelle de l'encre et du pinceau avec les styles de la peinture à l'huile occidentale pour créer une forme inédite d'art moderne qui s'incarne à merveille dans ses magnifiques paysages, souvent au bord de l'abstraction.

 

Au cours des XVIIIe et XIXe siècles, les grandes villes commerciales comme Yangzhou et Shanghai sont des centres d'art où les clients marchands ont encouragé les artistes à produire des œuvres audacieuses. Qi Baishi (1863-1957), né dans la province du Hunan a commencé sa vie comme menuisier et est devenu un peintre prolifique de fleurs, crevettes, crabes, insectes et oiseaux. Comme il est resté en Chine après 1950, il a peint des sujets quotidiens, ajoutant sa propre calligraphie et des sceaux également sculptés par lui-même, il est devenu le peintre le plus connu du milieu du XXe siècle. Le British Museum a une belle étude de Bodhidharma dans une robe rouge, ainsi que des peintures de fleurs de sa main.

 

À la fin du XIXe siècle, les peintres chinois et occidentaux ont commencé à apprivoiser leurs techniques respectives. La peinture de l'Est asiatique a eu une influence profonde sur des peintres modernes du monde occidental comme Van Gogh et, plus tard, sur les expressionnistes abstraits américains. Pour les peintres chinois, la sensibilisation aux techniques occidentales de la peinture des années 1920 et au concept de l'art moderne des années 1950 a ouvert un nouvel univers. La peinture chinoise du XXe siècle est probablement l'un des chapitres les plus exaltants de l'histoire de l'art en Chine. Par ailleurs, la peinture chinoise d'exportation, a privilégié la soie qui correspondait bien mieux que le papier au goût des occidentaux

 

Les Chinois ont jusqu’au XXe siècle ignoré ou voulu ignorer la couleur. Ces trois éléments, pinceau, encre, support (papier ou soie) se déclinent de multiples façons : grand nombre de pinceaux (crinière de poney, poils de chèvre), de façons de le tenir (droit, incliné, appuyé, etc.). Pour les Chinois, l’art premier est la calligraphie. Dans une même œuvre seront présentes la calligraphie d’un poème et la peinture. La plupart des peintres ont été aussi des calligraphes. Quant à l’encre, elle peut être plus ou moins épaisse, diluée, sèche, onctueuse. C’est par les jeux d’encre que la peinture chinoise traduit ce qui, dans la peinture occidentale, est ombre et lumière. Certains peintres, dit-on, ont le pinceau et non pas l’encre, d’autres ont l’encre et n’ont pas le pinceau. Le pinceau forme l’ossature, l’encre constitue la chair : nous retrouvons là l’opposition du yang et du yin.

 

La peinture de paysage

La peinture de paysages est le genre artistique le plus noble et le plus prisé de la peinture chinoise traditionnelle. Elle représente le plus souvent des montagnes et des plans d'eau.

C’est dans les paysages classiques que l’on voit la différence fondamentale entre la peinture occidentale et la peinture chinoise. La perspective suite aux réalisations de Giotto au 13° siècle en Italie, la peinture occidentale se développa en n’employant qu’une seule perspective fixe. Les peintres chinois, en revanche, bien que conscients de l’existence de la perspective, rejetent l’emploi d’un point unique qui disparaît dans le lointain, préférant des paysages dans lesquels le spectateur devient le voyageur dans le tableau.

À l’époque de cinq dynasties[2], on assiste à la naissance du paysage chinois qui, sous les Song, parviendra à son apogée. Le traitement pictural du paysage aura certes diverses modalités, mais il sera toujours traité au lavis : pinceau et encre. De l’un et de l’autre il y aura de multiples emplois, selon que le pinceau est fin ou gros, l’encre plus ou moins diluée.

Au Xe siècle, parmi les artistes célèbres, on distingue les artistes du Nord et du Sud. Mais on peut cependant caractériser l’école du Nord comme celle des paysages grandioses, abrupts, aérés, à la perspective ouverte, aux rochers à pic, dentelés, traités avec des traits hachés. Le Sud, au contraire, nous offre des collines plus arrondies, une végétation plus luxuriante.

Dans le nord, des artistes tels que Jing Hao, Guan Tong, Li Cheng, Fan Kuan et Guo Xi figures peintes de montagnes imposantes, en utilisant de fortes lignes noires, gradient à coups de pinceau d'encre séchée, en pointillés pour indiquer la pierre brute. Dans le sud, Dong Yuan, Juran, et d'autres artistes ont peint les collines et les rivières de leur campagne natale dans des scènes pacifiques fait avec des coups de pinceau. Ces deux types de scènes et techniques sont devenues les styles classiques de la peinture de paysage chinois. Les régions montagneuses du Hunan, de l’Anhui méridional et du Zhejhang abondent en ce genre de paysages théâtraux et, au cours des siècles, elles ont fourni aux peintres chinois leurs sujets favoris. Les représentations des peintres lettrés et les poètes ont données de leur beauté saisissante, expriment éloquemment leur aspiration au détachement vis-à-vis des tracas de la vie sociale et politique.

Les sages et lettrés chinois aimaient visiter les montagnes. Gravir les montagnes peut faire découvrir les mystères de l’univers, percevoir la liberté de la vie et l’immensité de la nature. Les pensées bouddhistes montrent que, jeter des regards à l’entour permet de se sentir calme et de vivre de manière indépendante. Les artistes savent que la montagne devient un endroit où les esprits des anciens sages et des êtres raffinés convergent et où, les gens intègrent les mystères de l’univers.

Les clés de la maîtrise ne résident non seulement dans la représentation de l’aspect extérieur des choses, mais également dans la capture de son essence : son énergie, sa force vitale, son esprit.

 

La peinture traditionnelle

La peinture traditionnelle chinoise, est considérée comme étant l’une des plus anciennes traditions artistiques encore en activité. On ne devient pas maître en peinture chinoise aussi facilement. Cet art exige une technique particulière et requiert patience, concentration, talent et des années de pratique. Les seules choses dont l’artiste a besoin pour réaliser une peinture chinoise traditionnelle sont : un pinceau, de l’encre et du papier ou de la soie. L’artiste se trouve donc doté d’ un vrai talent artistique grâce à beaucoup de pratique et une concentration sans failles…

La peinture chinoise sur rouleaux est très célèbre. Elle se présente sous divers formats verticaux ou horizontaux, et le support peut être en soie ou en papier. Mais il existe aussi de nombreuses peintures sur éventails de soie ou de papier, et des albums de, souvent, douze feuilles. Par ailleurs la peinture murale a été très employée dans les palais et dans les temples ; les tombes en ont conservé de vastes ensembles. La céramique chinoise est aussi un support, tridimensionnel, pour la peinture et ce depuis la préhistoire de la Chine.

Une différence significative entre la peinture orientale et occidentale réside dans le format. Contrairement aux peintures occidentales, qui sont accrochées aux murs et visibles en permanence à l'œil nu, la plupart des peintures chinoises ne sont pas destinées à être vues en permanence mais ne sont mises en valeur que de temps en temps. Un format prédominant de la peinture chinoise est le rouleau à main, un rouleau continu de papier ou de soie de longueur variable sur lequel une image a été peinte et qui, lorsqu'il n'est pas vu, reste enroulé. L'expérience de voir un rouleau pour la première fois est comme une révélation. Quand on déroule le parchemin, on n'a aucune idée de ce qui va suivre : chaque section présente une nouvelle surprise

 

La peinture traditionnelle chinoise utilise la même méthode que celle utilisée en calligraphie, en trempant un pinceau dans de l'encre noire ou de couleur, pour ensuite peindre sur du papier ou de la soie. L’encre est indélébile et son tracé définitif. Il est impossible de corriger le trait une fois sur le papier. Le pouvoir absorbant du papier utilisé interdit toute hésitation ; chaque touche doit être rapide et précise. L’artiste doit visualiser son œuvre et en avoir une vision complète. Il s’agit là de la pure expression de l’âme du peintre et de l’essence de la chose peinte. Cette technique a été reprise par les artistes japonais au 14ème siècle grâce aux moines bouddhistes. La peinture et la calligraphie chinoise sont liées. La technique du pinceau dans ces deux disciplines est identique. Elle permet à l’artiste de se concentrer sur le cheminement du pinceau sans devoir s’inquiéter des couleurs et de la composition.

L’art pictural traditionnel exercé en Chine depuis plus de mille ans. Ses racines prennent source dans un mode de pensée originale qui met l’accent sur l’unicité de l’homme et du cosmos et le dynamisme ininterrompu au sein même de cet univers. Plus que la représentation d’une forme, la peinture chinoise recherche à exprimer l’âme (principe de vie), le mouvement interne des êtres.

 

L’un des peintres chinois les plus célèbres et l'artiste majeur de l'art chinois au IVe siècle, Gu Kaizhi est considéré comme le premier grand peintre sur rouleau, alors qu'auparavant les grands peintres exécutaient des peintures murales essentiellement. Il vécut sous la dynastie des Jin (265-420), au Sud de la Chine. Peintre et poète, il est aussi l'auteur d'un des premiers traités sur la peinture.

La vie de Li Cheng reste entourée d'obscurité. Sa chronologie est incertaine. Sa famille était originaire de Chang'an mais pour échapper aux troubles qui accompagnèrent la chute des Tang elle s'installa au Shandong. Comme Jing Hao, Guan Tong et Fan Kuan, Li Cheng est un homme du Nord : la conception classique du paysage entre le Xe et le début du XIIe siècle est dans une large part liée à un certain milieu naturel sévère et grandiose. Li Cheng reçut une excellente formation littéraire ; descendant de la famille impériale des Tang, son sort fut celui d'un aristocrate déchu qui cherche refuge dans la hautaine solitude de l'art et l'évasion individualiste de la poésie et du vin.

 

La peinture lettrée

Elément déterminant dans l’organisation de la société chinoise, la catégorie des « lettrés » constituait une sorte de patriciat intellectuel. Elle fournissait l’essentiel de ses troupes à la classe dominante, tant à la ville qu’à la campagne, et son influence était telle qu’il y avait un véritable fossé entre elle et le reste de la population.

Mi Fu est certainement l’un des plus grands peintres et calligraphes chinois. Il est le représentant de la peinture des lettrés, si rigoureuse dans ses exigences qu’elle pourra passer par la suite pour dogmatique. Mais Mi Fu l’inaugure et son tempérament original et fougueux le porte à certaines extravagances. On le voit, arrivé dans un poste, venir saluer d’abord un rocher de forme étrange, manifestant par là son respect de la Nature.

La première particularité de la peinture lettrée chinoise ou peinture de lettrés, pour l'observateur occidental est qu'elle n'emploie pas de couleurs à l'huile mais est un lavis, le plus souvent monochrome. Elle utilise toutes les possibilités de dilution de l'encre dans l'eau pour atteindre une infinité de nuances. Sur papier ou sur soie, cette technique ignore les lois de la perspective : les effets des lointains et les premiers plans sont rendus par le jeu des proportions.

Qu'il élabore son œuvre dans le calme de son cabinet, retranscrivant les sensations longuement muries, ou qu'il s'adonne à l'improvisation en présence d'amateurs éclairés, le lettré met toujours à profit sa connaissance de la tradition. Il néglige généralement le portrait, ne donnant à l'homme que sa juste place au sein de la nature, et rejette le réalisme. La peinture de paysage et la peinture de fleurs et d'oiseaux sont, avec le bambou, ses sujets de prédilection.

 

Le lavis Chan

Le lavis Chan se caractérise par sa facture, d’une part (il est exécuté sous le coup d’une inspiration, elle-même longtemps attendue mais subite) et, la plupart du temps, il est iconoclaste, bafouant tout ce qui est sacré, exaltant la vie simple : écho du taoïsme dont l’ascète Chan n’est pas éloigné. Le premier lavis proposé est attribué à Shih ko (Song du Nord), sur lequel nous savons très peu de choses. Sans doute s’agit-il d’une copie du XIIIe siècle d’un peintre du Xe.

Le lavis est une technique picturale consistant à n'utiliser qu'une seule couleur (à l'aquarelle ou à l'encre de Chine) qui sera diluée pour obtenir différentes intensités de couleur. Les bâtons d'encre noire artisanaux offrent alors des nuances de couleurs monochromatiques en rapport avec le support. « Monochrome » à l'encre ne doit pas être entendu au sens d'un pur noir. Le blanc est obtenu par la blancheur du support ou parfois par réhaut de blanc (craie, gouache ou encre de chine blanche par exemple). Les Chinois utilisent également des bâtons d'encre de Chine en différentes couleurs (rouge, jaune, vert, bleu, etc.).

La peinture à l'encre de Chine est en effet un art tout à fait spécial, non seulement parce qu'elle renonce à la couleur, principal élément d'expression de la peinture en général, mais surtout parce qu'elle utilise un matériel réduit dans un sens très particulier. Pour maint Chinois ou Japonais le lavis représente la plus haute manifestation de l'art d'Extrême-Orient."

De toute façon, l'artiste d'Extrême-Orient a été habitué dès ses débuts à étudier la nature avec l'œil plutôt qu'avec le pinceau ; et il n'est pas impossible que ce soit une des raisons de la profondeur singulière de ses productions comme d'autre part le fait de dessiner et de peindre toujours d'après nature, ainsi que cela se pratique en Europe, ne semble pas conduire forcément à animer et à spiritualiser la réalisation artistique.

Si le lavis d'Extrême-Orient s'oppose à la peinture à l'huile européenne par l'extrême réduction de ses moyens matériels, il s'y oppose également par l'effet produit : l'encre subtile ne masque pas l'idée, tel un corps terrestre, elle la révèle au contraire, tel un corps transfiguré au travers duquel l'âme brille comme le soleil à travers les nuages vaporeux du matin. Le lavis est en effet la peinture la plus spiritualisée qui ait jamais existé.

On peut affirmer que l'art de l'Extrême-Orient, tout comme sa philosophie, est impossible à comprendre si on ne le vit pas soi-même. L'impression la plus profonde qui se dégage des anciens chefs-d'œuvre, reste un miracle inconcevable. N'arrivent de miracles qu'à ceux qui en sont dignes.

 

L’art contemporain chinois

Durant les premières années de la République populaire de Chine, le réalisme socialiste était encouragé, et les artistes étaient contraints à produire massivement des œuvres au sujet imposé. La peinture traditionnelle chinoise connut ensuite un nouvel essor après la Campagne des cents fleurs en 1956-1957, mais la Révolution culturelle ferma ensuite les écoles d'art et interdit toute exposition et publication artistique.

L’art contemporain chinois ne nie pas son passé, mais va de l’avant. Suite au mouvement de réformes et d’ouverture du pays engagé au début des années 1980, la Chine va s’ouvrir au monde et créer de nouveaux rapports avec le « monde occidental ». La période de la nouvelle vague de 1979 à 1989 est caractérisée par une liberté d'expression et une explosion créative.

Les années 2000-2010, par son développement économique fulgurant ont été pour la Chine un spectacle exponentiel de ses capacités à s’approprier et s’installer sur des marchés à priori aux antipodes de ses premières préoccupations. Si l’art chinois traditionnel est de toute évidence reconnu dans le monde, pour son histoire, sa richesse et son symbole spirituel, l’art contemporain se fait désormais le hameau de nouveaux artistes et collectionneurs, avides de reconnaissance.

En 2011, l’artiste chinois Zhang Dagjan est devenu numéro un au hit-parade des enchères mondiales, détrônant Picasso, relégué à la quatrième place derrière le Chinois Qi Baishi et l’Américain Andy Warhol. Le style artistique de Zhang Dagian a connu principalement trois phases d’évolution : avant l’âge de 40 ans, il a suivi la voie des anciens, de 40 à 60 ans, il a suivi la voie de la nature, après 60 ans, il a suivi la voie du cœur.

Aujourd’hui l’art chinois s’est mondialisé. Il est devenu une force dynamique et influente dans un monde de l’art. De nombreux musées s’ouvrent en Chine et les ventes d’artistes chinois atteignent de sommets. Les générations futures reconnaîtront sans doute dans le vingtième siècle l’une des périodes les plus créatives de cette tradition vénérable que l’on appelle « peinture chinoise ». Des noms tels que ceux de Huang Binhong (1865-1955), Qi Baishi (1863-1957), Li Keran(1907-1989), Shi Lu (1919-1982), Lin Fengmian (1900-1991) comptent déjà parmi ceux des meilleurs artistes modernes, non seulement en Chine mais encore à l’échelle internationale.

                                                                                                                                                                                                                                     Jean-Luc BURGER

[1] La plus ancienne pièce connue à ce jour est une pièce représentant un magicien domptant un dragon chinois, découvert dans le province du Hunan. ,.

 

[2] La période des Cinq Dynasties et des Dix Royaumes est une ère de bouleversement politique en Chine entre 907 et 979, faisant suite à la chute de la dynastie Tang et précédant la dynastie Song.

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